Maintenant, franchissons près de trois siècles, et suivons M. le Bas à son festin joyeux. M. le Bas, anonyme ou pseudonyme, n'importe, dédie sa cuisine en vers et en musique aux dames de la cour. Son ouvrage, divisé en deux parties, est bien conçu: la première renferme le plan d'un repas de quatorze couverts servi de trois services à treize, sans le dessert; et la seconde offre, dans un ambigu, une suite de plusieurs centaines de mets choisis, ou la variété le dispute à la richesse; mais, ce qu'il y a de merveilleux, c'est qu'ici, descriptions, préceptes, conseils, narrations, tout est en vers chantans. Ainsi, pour des perdreaux à l'espagnole, M. le Bas chantera, sur l'air: petits oiseaux, rassurez-vous:
Du vin, de l'huile et du citron,
Coriandre, la rocambole,
Dans ce ragoût à l'espagnole,
Le tout ensemble sera bon, etc., etc., etc.
Pour le coulis d'écrevisse, chantez sur l'air: petits moutons, qui dans la plaine:
Les écrevisses étant pilées,
Mitonnez-les dans du bouillon;
Joignez-y du pain qui soit bon;
Que toutes soient passées, etc., etc., etc.