Qui sont de bele devise;

Or les vise, etc., etc., etc.

S'ensuivent XXV Ballades composées par le dict Jehan Meschinot sur XXV Princes de Ballades, ou Ballades adressées aux Princes et à lui envoyez et composez par messire Georges ladventurier, serviteur du duc de Bourgogne. Ce fleuve de Ballades, pour me servir du langage de Meschinot, n'est pas trop navigable pour nos intelligences modernes. Messire Georges ladventurier y donne, au surplus, des avis très sages aux princes menteurs, avares, inconstans, amis de la guerre, égoïstes, envieux, prodigues, etc., etc., etc. Ces Ballades sont souvent précédées d'un verset de l'Écriture sainte. Après elles, on voit une commémoration, en vers, de la Passion de Jésus-Christ, et premièrement de l'oraison qu'il fit au Jardin des Olives.

S'ensuivent les nouvelles additions. S'ensuit une supplication que fist le dict Meschinot au duc de Bretaigne, son souverain seigneur. L'homme ne vit pas seulement de lunettes morales, il lui faut encore du pain. C'est ce dont le Banni de Liesse, s'étant aperçu dans sa misère, s'autorise pour demander à son patron de le secourir. La requête est faite en termes assez curieux pour que nous devions l'extraire: «Supplie très humblement vostre poure vassal, loyal subject et serviteur, nommé le Banni de Liesse, à présent demeurant au diocèze d'infortune, paroissien d'affliction, et voisin de désespoir... Exposant, comme dès son jeune âge, il a continuellement servi messeigneurs vos prédécesseurs, les ducs Jehan, François, Pierre et Artus... Un larron, publiquement ennemi de humanité, appelé malheur, demourant de tout temps avec Fortune, accompaigné d'une vieille maigre déchirée, laquelle est nommée Pauvreté, ont incessamment guerroyé et poursuivi le dict suppliant...; ont, en conduisant leur cruelle inimitié, expolié le dict suppliant, de cinquante ans et plus (ceci nous apprend que Meschinot était né avant 1437), et qui pis est, ont faict commandement exprès à fureur, souci, ennui et douleur, leurs armuriers de mille ans, de forger, audit Banni de Liesse, ung pesant harnois à double soulde, dont les étoffes sont d'acier de mélancolie mistionné d'aigreur, etc., etc., etc. Qu'il vous plaise, mon souverain seigneur, commander à Honneur, procureur général de vos entreprises, soy adhérer avec le dict suppliant... Ce faisant, vous le réformerez, en changeant son nom et lieu de sa demeure, etc., etc., etc., priant Dieu à jamais qu'il lui plaise vous donner paix et repos d'esprit, aise, santé d'ame et de corps, honneur, bonne vie et longue durée, avecques tout ce que vostre noble cœur desire. Amen.»

Ce n'était pas, du moins, sur ce ton bassement et ridiculement piteux que Marot demandait l'aumône à François Ier; mais pourquoi nous attacher à la guenille de ce pauvre homme? C'est à la pourpre ducale et royale qu'il faut nous prendre ici, car si la misère, à genoux, soulève les cœurs nobles, l'ingrat égoïsme de la puissance opulente, envers ses serviteurs, n'offre pas un spectacle moins digne de mépris; et il y faut joindre l'horreur. Au surplus, un grand enseignement ressort de la vie du Banni de Liesse; c'est le cruel degré d'infortune auquel peuvent conduire les Ballades. Il vaut presque toujours mieux faire des souliers que des Ballades.

Jehan Meschinot ne supplie pas seulement le duc de Bretagne; il supplie aussi Dieu, (bon pour celui-là!)

Dieu père par création,

Et père de recréation, etc., etc., etc.,

de venir à son aide. A cette nouvelle requête succèdent divers Rondeaux; une briève lamentation et complainte sur la mort de madame de Bourgogne, faicte à la demande de monseigneur de Crouy quand il vint en Bretaigne devers le duc, lequel piteusement se douloit du cas advenu; plus une Oraison de Nostre-Dame, et commence chacune ligne par l'une des lettres de l'Ave Maria; plus d'autres poésies mêlées; plus une Ballade faite pour la duchesse Marguarite de Foix, quant elle vint en Bretaigne; plus des Litanies sur l'Amour sodale, l'Amour vicieuse et l'Amour folle, où l'on voit ce que prescrivent et savent faire ces trois amours. L'Ouvrage, ou plutôt le Recueil, se termine par deux ou trois dernières Ballades et autant de Rondeaux; plus un dialogue entre la Mort et l'Honneur humain, qui pouvait être fort intéressant, et qui ne l'est guère. Jean Meschinot ne manque pas de sens, tant s'en faut; mais il n'a ni goût ni génie. Son livre n'en est pas moins recherché des amateurs, qui le paient volontiers 100 francs en 1832, tandis qu'ils ont un Boileau pour 20 sous et moins. C'est que les Lunettes des Princes sont, ainsi que nous l'avons dit, d'une extrême rareté, probablement par un effet de leur peu de mérite même qui en aura fait négliger la conservation.

[47] Orose est bien choisi pour la rime.