S'en paradis dois avoir place, etc., etc.
Nous ne demandons pas mieux qu'on sourie de pitié en lisant de telles folies de l'an 1528; mais alors il ne faut pas, en 1833, aller consulter mademoiselle Le Normand.
L'original italien de ce livre est cité par le Doni, dans sa libraria prima, et y porte pour titre: Il libro della Ventura.
ANTONIUS DE ARENA
(Antoine de la Sable),
Provençalis de bragardissima villa de Soleriis (Soliers), ad suos compagnones qui sunt de persona friantes, Bassas dansas et Branlas practicantes novellas, de guerra romana, neapolitana et genuensi, mandat; una cum epistola ad fallotissimam suam garsam, Janam Rosæam, pro passando tempus. A Paris, par Nicolas Bonfons, demeurant en la rue Neufve-Nostre-Dame, à l'enseigne Saint-Nicolas. 1 petit vol. in-8 de 35 feuillets, lettres rondes, finissant par ces mots: «Explicit utilissimum opus guerrarum et dansarum impressarum in bragardissima villa de Paris, per discretum hominem magistrum Julium Delfinum de Piemontum, de anno mille cincentum et septanta quatuor ad vinta unum de mense aprile.»
Cette édition, qu'il ne faut pas confondre avec celle de Galliot du Pré, sous la même date, n'est pas moins rare. M. Brunet ne paraît pas l'avoir connue, puisqu'il ne la cite pas; mais rien de plus naturel ici que les omissions, vu le grand nombre d'éditions qui ont reproduit les poésies macaroniques d'Antoine de la Sable. La première de toutes, selon M. Brunet (et l'on en compte 13, selon M. Tabaraud), est celle pet. in-8 goth. (sans date), de 40 feuillets non chiffrés, à 23 lignes par page; et la deuxième est celle de 1529, qui figure au catalogue de la Vallière, sous le n. 2689. L'édition de 1670, stampata in stampatura stampatorum, que nous possédons en seconde édition, quoique la meilleure et la plus complète de toutes, est moins belle que la nôtre de 1574-76, étant moitié en lettres italiques, moitié en lettres rondes. On ne doit pas d'ailleurs tant la vanter de ce qu'elle est plus complète que les autres, attendu qu'Antoine de la Sable n'est point l'auteur des pièces qu'elle renferme en plus, savoir: la Guerre huguenote de 1574 (bellum huguenoticum), qui est de Remy Belleau: et les divers poèmes macaroniques (nova novorum novissima poemata), la plupart de Bartholomée Bolla de Bergame, dit l'Apollon des poètes, lequel Apollon est un plaisant bien insipide, surtout auprès du spirituel Aréna. Quant à la jolie édition de Londres (Paris), 1758, in-12, que nous avons, en troisième, sur papier fort, et qui contient les mêmes choses que celle de 1670, moins toute la partie des poèmes bergamasques, elle a le mérite de nous offrir, outre une courte préface française très bien faite, un petit poème burlesque, en latin macaronique, sur la mort de très illustre Michel Morin, l'omnis homo, tombé du haut d'un orme en dénichant un nid de pie. Morini tombantis caput et collum gribouillantur, etc., etc.
(1529-36-74—1670—1758-60.)
Antonius de Aréna, jurisconsulte, élève d'Alciat, et poète macaronique, imitateur de Merlin Cocaïe, naquit à Soliers, diocèse de Toulon, d'une famille connue, dès le XIIIe siècle, sous le nom de la Sable, qu'il a latinisé. Sa jeunesse fut plus libre qu'exemplaire, comme le témoignent ses poèmes sur l'art des danses, branles et gambades, dédiés à sa garce Jeanne Rosée; et sa carrière de légiste fut bornée, puisqu'il mourut, en 1544, simple juge à Saint-Remy, diocèse d'Arles; mais il avait l'esprit satirique, avec une imagination tournée à la gaîté, et ces dispositions lui assurèrent des succès plus durables que n'en valurent l'étude et l'interprétation des lois à son maître, le savant Milanais, dont le monde, aujourd'hui, ne connaît plus que le nom et quelques pauvres emblêmes. C'est que la nature humaine, base unique des arts d'agrément, ne change point, tandis que nos connaissances, qui servent de fondement aux arts utiles, sont soumises à des vicissitudes perpétuelles. Il y aurait ici matière à réfléchir, s'il était permis de penser sérieusement au début d'un extrait macaronique; mais Aréna, moins que tout autre, ne veut de réflexions sérieuses. Son seul but est de plaire, ou peut-être même de s'amuser. Ses premières poésies retracent, en latin burlesque, le sac de Rome, exécuté, en 1527, par l'armée impériale du connétable de Bourbon. Il y raconte plaisamment ses dangers, ses souffrances, ses misères; comme quoi il jura de ne plus retourner à la guerre, après cette triste expédition, et comme ses camarades l'embauchèrent de nouveau pour accompagner Lautrec à Naples.
Le voilà donc arrivé à Naples avec l'armée française... in pogio realo fuerunt tentoria nostra. Tout allait bien, quand la maladie, eh! quelle maladie, grand Dieu! vint tout gâter.