Laxata in multos candida vela dies.

Mathieu Délio indique, dans son poème, qu'il était contemporain du célèbre Jérôme Vida, mort en 1566, à soixante-seize ans; sa vie, d'ailleurs, est peu connue. Nous n'avons trouvé son nom nulle part: cet oubli est injuste. Il nous semble plus permis d'oublier deux autres coryphées de ce recueil, Nicolas Frischlin et Vincent Obsopæus: le premier, auteur d'une élégie latine contre l'ivresse, le second d'un poème latin, sur l'art de boire, quoique leur versification ne manque ni de facilité ni d'élégance.

L'art de boire s'apprend trop bien sans maître, et l'ivrognerie est un vice trop dégoûtant pour être flétri en vers: aussi ne ferons-nous que les indiquer aux curieux, ainsi que l'ennuyeux et sale discours méthodique en prose De peditu; la pesante et soporifique dispute inaugurale De jure potandi; la bouffonne pièce germano-macaronique De lustitudine studenticâ; la dispute féodale De cucurbitatione, ou de l'adultère commis par le vassal avec la femme de son seigneur; les centuries juridiques De bonâ muliere, où l'on voit, d'après Caton, Socrate, Æneas Sylvius, Cœlius Rhodigianus et autres, que les femmes doivent circuler de main en main comme des effets de commerce; une juconde dissertation historique et philologique sur les Baisers, quoique fort plaisante, et dans laquelle il est traité de dix-sept sortes de baisers, à commencer par les baisers religieux, et à finir par les baisers de courtoisie; la piquante satire des mœurs des gens de plume, intitulée De jure pennalium, et enfin la thèse inaugurale De Virginibus, qui n'apprendra jamais à distinguer les vierges à des signes certains; toutes pièces qui complètent le petit volume où triomphe obscurément Délio. Il ne faut trop dire en aucune matière, principalement en matière graveleuse et oiseuse.


DE
L'HEUR ET MALHEUR DU MARIAGE;

Ensemble les Lois connubiales de Plutarque, traduites en françoys par Jehan de Marconville, gentilhomme percheron. A Paris, chez Jehan Dallier, libraire. (1 vol. in-8 de 86 pages et 3 feuillets préliminaires.)

(1564.)

Ce petit traité passe pour le meilleur des écrits moraux de Jehan de Marconville, qui en a composé plusieurs, tous assez recherchés, tels que: De la bonté et mauvaistié des femmes; De la bonne et mauvaise langue; d'où procède la diversité des opinions de l'homme, etc. Il est dédié à très prudente et d'autant réputée sagesse que de grace excellente, damoyselle Anne Brisart, parfaite épouse du parfait époux du seigneur de la Bretonnière.

«Quel plus accompli plaisir pourrait donc avoir l'homme en ce monde que d'estre joinct avec une femme qui oublie toutes choses pour le suivre, et duquel elle se monstre du tout dépendre! car s'il est riche, elle garde loyaument ses biens; s'il est souffreteux et indigent, elle emploie tout l'artifice que Dieu lui a donné pour essaier de l'enrichir, ou pour compatir avec lui en sa pauvreté; s'il use de prospère fortune, l'heur est redoublé en elle; s'il est en adversité, il a qui le soulage et qui porte la moitié du mal; de sorte que la femme semble estre un don du ciel, et avoir été envoiée divinement à l'homme pour le soulagement de sa vie, et lui avoir été octroyée pour le contentement de sa jeunesse, repos et soulas de sa vieillesse, etc., etc., etc.»

Ces premières paroles de Jehan de Marconville me le font aimer; elles m'ont engagé à lire son Traité du mariage et à le ranger dans ce recueil; elles annoncent une belle ame, et une belle ame révèle toujours quelque précieuse qualité de l'esprit. Ainsi en est-il du gentilhomme percheron. Il a beaucoup de bon-sens dans sa naïveté. L'imagination ne domine pas chez lui, je l'avoue; les citations de l'histoire, dont il s'appuie à toute page, sentent l'érudit des écoles frais émoulu sur le fait de Porcie et Brutus, de Didon et Sichée, de Pauline et Sénèque, d'Orphée et Eurydice, de Penthée et Abradate, d'Alceste et Admète; mais il n'est pas toujours banal; tant s'en faut, que les esprits penseurs ont plus d'un profit à tirer des seize chapitres dont son traité se compose. J'indiquerai principalement, sous ce rapport, les chapitres sur l'âge en laquelle il convient se marier, sur le grand bien et utilité de mariage, sur la correction de laquelle on doibt user envers les femmes, et sur le divorce de mariage, où il se montre aussi bon philosophe que bon chrétien. Par exemple, il aurait pu se dispenser, à propos des punitions divinement envoyées aux époux incontinens, de parler de la syphilis et de s'étendre sur ce vilain mal introduit en France, à ce qu'il assure, par l'armée de Charles VIII, en 1595, à son retour de Naples. L'auteur le sent bien, car il s'excuse en terminant sa digression et se hâte de renvoyer les curieux aux nouvelles des royaumes de Surie et de Bavière, ce qu'il aurait du faire plus tôt et sans calembourg.—Ceux qui se font scrupule de se remarier seront satisfaits de l'exemple tiré de saint Jérôme, par notre gentilhomme, d'une dame romaine, laquelle étant veuve, pour la vingt-deuxième fois, au temps du pape Damase, épousa un homme qui avait été vingt fois veuf. Au dernier les bons; ce vingt-troisième époux l'enterra, et le peuple porta en triomphe le veuf du numéro 21, comme s'il eût gagné une grande bataille.—Qui peut mesurer la bizarrerie des coutumes et des cérémonies? Jehan de Marconville nous apprend que, chez les Cimbres, il était de règle que le fiancé rognât ses ongles et les envoyât à sa fiancée, qui lui envoyait les siens en retour.—Le mariage ayant pour but la génération, c'est un précepte fort sage, selon l'auteur, que celui d'Aristote, qui voulait que l'âge des époux fût dans un tel rapport, qu'ils perdissent ensemble la faculté génératrice; ce qui arrive communément, pour l'homme, à 70 ans, et pour la femme à 50: en sorte que le mari doit avoir 20 ans de plus que sa femme ou au moins 10, toujours d'après Aristote et l'auteur.—L'homme, au rapport d'Hésiode et de Xénophon, ne doit pas se marier avant 30 ans, ni la femme avant 14, pour vivre long-temps et avoir des enfans robustes.—Mais que dit Hippocrate sur le commerce conjugal? je ne le rapporterai pas, tant cet oracle est sévère; il l'est excessivement, ce me semble, et Avicenne aussi.—J'ai regret que ce soit le saint patriarche Lamech qui ait été le premier bigame: Jehan de Marconville le regrette également; mais il concède que, dans cette origine des hommes, la nécessité de peupler put servir d'excuse à la polygamie.