Pour éclaircir le premier de ces trois points, lisons le second des deux prologues du Meliadus en prose, lequel est de Rusticien; nous y voyons qu'il a translaté le présent livre, du latin en langage françoys, à la requeste du roy Henri, lors regnant. Il y remercie la Saincte-Trinité de ce qu'elle lui a laissé le temps d'achever le livre du Brut (par où l'on voit que si Robert Wace est l'auteur du Brut rimé, Rusticien l'est, à la même époque, du Brut en prose, fait incident qui a son importance, et peut modifier bien des disputes anciennes et modernes sur la préséance des vers sur la prose, et de la prose sur les vers; en prouvant que, souvent, sous les auspices des princes éclairés, passionnés pour la chevalerie, poètes et prosateurs furent appelés à ressusciter les anciennes traditions chevaleresques ensevelies dans les vieilles chroniques, et travaillèrent sur les sources mêmes sans que la prose des uns fût calquée sur les vers des autres, ni les vers sur la prose). Le translateur de première origine demande ensuite à la Saincte-Trinité la même faveur pour son dessein d'extraire, de la matière du Sainct-Graal, le présent livre de Meliadus, encor qu'aucuns preudhoms clers se sont ja entremis de translater certaines parties du Graal latin en langage françoys, premier messire Luce du Jan (du Gua), qui aussi translata en abrégé l'Histoire de monseigneur Tristan; après, messire Gaces li Blons, parent au roy Henri, et qui devisa l'Histoire de Lancelot du Lac; messire Robert de Borron et messire Hélyo de Borron. Il est d'autant plus engagé à satisfaire le roy Henri, que, pour son livre du Brut, il en a ja reçeu deux beaux chasteaux. Il ne parlera pas de Lancelot, messire Gaultier Map en ayant parlé suffisamment, ni de Tristan, dont il a parlé assez lui-même, dans le Brut; il commencera de Palamedes. Cela, dit-il, commence du roy Artus et de l'expulsion des Romains du royaume de Logres (autrement nommé Angleterre).
Nous le demandons, est-il raisonnable de voir ici deux rois Henri, l'un qui serait Henri II, et l'autre Henri III! Si Rusticien eût écrit à la requête de Henri III, il n'eût pas manqué de distinguer cet Henri de celui qui était parent à Gaces li Blons, lequel, de l'aveu général, est Henri II. Mais non, il ne distingue pas; c'est toujours du roi Henri qu'il parle, comme s'il ne s'agissait pas de deux princes du même nom; or, en trouver deux quand il n'en signale qu'un, n'est-ce pas faire une supposition gratuite? Ce que l'on sait de ces deux Henri sert à corroborer notre sentiment. L'un fut un grand prince, et, comme tel, protecteur des lettres, les aimant, les cultivant, et favorisant leurs disciples; l'autre fut un prince avare, cagot, exacteur, ne songeant qu'à pressurer les Juifs de sa domination, et, après eux, ses sujets nationaux; nulle part on n'aperçoit que ce dernier ait eu le moindre souci des récits de chevalerie, tandis que la vie entière du premier respire la générosité, la galanterie et la guerre. Quant à ce que dit La Monnoye, que Rusticien écrivit par l'ordre d'Édouard IV, mort en 1483, cela ne vaut pas une réfutation, et tient à ce que ce savant, par une inadvertance qui ne lui est pas familière, a confondu le second prologue qui, seul, est de Rusticien, avec celui du translateur de deuxième origine (probablement Pierre de Sala)[32], qui dit effectivement avoir travaillé par ordre d'Édouard IV. Expliquons, à ce propos, nos expressions de première et de seconde origines. Il ne faut pas les appliquer ici au langage, mais seulement aux textes. Rien n'est plus rare que d'avoir le texte de 1re ou même de 2e origine des écrits en prose. Comme ceux-ci étaient d'un usage plus général, ils ont été sans cesse recopiés, abrégés, étendus, et autant de fois altérés, suivant la marche progressive du langage; en sorte que, se plaçant naturellement sous les presses, au moment de la découverte de l'imprimerie, ils ont passé, ainsi falsifiés, dans la circulation commune, pour s'y altérer de plus en plus, d'éditions en éditions, depuis les premières d'Antoine Vérard, si belles et si rares, jusqu'aux grossières éditions de Troyes, de 1720 à 1740, si laides, et toutefois recueillies encore aujourd'hui dans les collections; tandis que les écrits en vers, moins répandus et plus respectés, sont demeurés patiemment intègres dans l'obscurité des manuscrits, attendant de laborieux éditeurs qui les restituassent; fortune qui n'est venue, pour les poèmes joyeux, qu'il y a 80 ans à peine, avec les Sinner, les Barbazan, les La Ravallière, et pour les grands poèmes ou chansons de gestes, que dans ces dernières années, avec d'habiles et spirituels philologues, dont les noms seront tous les jours plus chers aux amateurs des lettres françaises. Voyez le Joinville; Antoine Pierre de Rieux n'avait pas suffi pour nous le faire connaître, en 1547; encore moins peut-être Du Cange, en 1668; force a été qu'en 1761, MM. Mellot, Sallier et Capperonnier fouillassent les anciens manuscrits de la bibliothèque royale pour nous l'offrir. Ville-Hardouin fut encore moins heureux. Blaise Vigenère, en 1565, l'avait défiguré; le manuscrit flamand du Vénitien Contarini, imprimé à Lyon, en 1601, ne l'avait qu'à demi restitué; l'édition de Du Cange, de 1657, plus près des originaux, n'était pourtant point encore fidèle à la source; enfin, le respectable dom Brial, digne continuateur de dom Bouquet, en 1822, épuisant vainement ses efforts sur des manuscrits précieux, avoue que le texte pur lui a échappé. Ainsi, pour connaître le texte pur du Meliadus de Rusticien, on ne doit pas s'en rapporter à notre édition, pas plus qu'à celle de Galliot du Pré, de 1528; il est nécessaire, à qui veut, du moins, s'en faire une idée plausible, de recourir, avec le savant que nous aimons tant à citer, au manuscrit, no 7544[33] de la bibliothèque royale. Tout au plus notre édition reproduit-elle fidèlement le texte du Translateur de 1483. Mais nous voici bien loin de notre second point, hâtons-nous d'y aborder.
Par translaté du latin, il faut, selon Bernard de la Monnoye, entendre translaté de l'italien. Nous osons soutenir que non, et qu'il faut entendre translaté du latin, tout bonnement, sans s'évertuer à danser sur la corde pour gagner un but que l'on peut atteindre de plain-pied sur un plancher solide; à moins qu'on ne dise que le latin et l'italien étaient une même langue sous deux dénominations, et nous le soutenons d'autant plus que, dans l'origine, la langue italienne ne se nommait point italien, mais bien langue vulgaire, lingua volgare. Mais, quel est donc ce latin d'où nos anciens romans seraient translatés? Réponse: c'est ce latin qui vous cerne, qui vous enveloppe, qui, avec les Romains, pénétra, d'abord pur, puis altéré, puis informe, dans les Espagnes, dans les Gaules, dans la Germanie, chez les Angles, chez les Bretons, et jusque chez les Pictes; qui, de votre aveu, et (chose singulière), moins même que vous ne le prétendez, quand vous traitez des origines de notre langue, changea, domina les idiomes divers des peuples vaincus. Nous disons moins que vous ne le prétendez, car il dut rester, et il resta dans ces idiomes, ce que vous révoquez en doute, assez de racines, assez de formes originaires pour l'emporter, à la longue, sur l'élément romain; toutefois, il est certain que, porté sur les bras robustes de la religion chrétienne, le latin devint et resta long-temps dans l'Europe romanisée, la langue littéraire, aussi bien que la langue sacrée, la langue presque exclusivement écrite, celle de l'histoire surtout, vraie ou fabuleuse; en un mot, l'organe constant de la Renommée. Interrogez ici les Fauchet, les Huet, les P. Labbe, ils ne vous permettront aucune incertitude: tous indiquent les chroniques latines ou saxo-latines de Melkin et Thélézin, du Moine Ambroise Merlin, dit l'Enchanteur, de Geoffroy de Monmouth, comme la source des récits de la Table ronde; ainsi que les légendes, les chroniques de Grégoire de Tours, de Frédégaire, d'Éginard, la fausse chronique de Turpin, etc., furent la source des récits carlovingiens, ainsi que les diverses chroniques dont Muratori a donné la liste et l'extrait, et que celles dont Bongars et Duchesne ont formé chacun des recueils, furent la source des récits de la Terre-Sainte, et de la chevalerie normande sicilienne. Tout ce qui n'était pas tradition ou chant populaire fut latin jusque vers l'an 1100, et souvent même le latin se mêla-t-il alors aux discours et aux chants populaires. Où pourrions-nous rencontrer, dans les XIe, XIIe et XIIIe siècles, des écrits à translater, si n'est dans le latin? Ce serait, suivant vous, dans l'italien? mais Dante naquit seulement en 1265, et passe pour un des fondateurs de la langue italienne écrite. Brunetto Latini, son maître, naquit en 1240. Tiraboschi, si bien consulté par le docte Ginguené, ne fait pas remonter la poésie italienne la plus informe plus haut que l'an 1200, époque à laquelle nos trouvères français du Nord et du Midi fleurissaient déjà depuis un siècle, et davantage, et vous nous renvoyez à je ne sais quelles sources italiennes! cela n'est pas admissible. Tout au contraire, ce fut l'idiome français, dans ses différens dialectes, qui succéda immédiatement au latin, comme langue littéraire; et jamais, peut-être, son universalité, sous ce rapport, ne fut plus visible ni plus éclatante qu'à sa naissance. Il n'y a point, à cet égard, de dissidence entre nos philologues modernes. Partisans du système provençal, tels que MM. Raynouard et Fauriel, partisans du système normand, tels que l'évêque de la Ravallière, de la Rue, le grand d'Aussy et leurs émules, tous sont d'accord que le français-roman, ou, si l'on veut, le roman-français, fut la souche des littératures italienne et castillane dans leurs divers dialectes. Comment donc nos premiers récits de chevalerie eussent-ils d'abord paru en italien[34]? Songez que Dante vint étudier à Paris, que Boccace y vint à son tour, et Pétrarque aussi; que leurs écrits sont pleins de traditions et de fables françaises. Mais pourquoi s'arrêter aux individus? élevons nos regards plus haut, en repassant dans notre esprit les grands, les mémorables faits du moyen-âge! C'est la France qui est leur théâtre, ou c'est de chez elle qu'ils sortent tout armés pour triompher du temps. Les plaines de Châlons n'ont-elles pas vu fuir ces Wandres, dont les revers terminent les irruptions du Nord dans l'Occident, et forment la base de l'épopée des Lohérains? Les plaines de Tours n'ont-elles pas vu rebrousser l'islamisme et tomber les Sarrasins sous le martel de Charles, l'aïeul de ce grand Charles, qui, à Roncevaux et sous les murs de Carcassonne, inspira l'antique Philumena et les premiers chantres de Roland? Les champs de la Normandie n'ont-ils pas vu s'assembler, sur la foi de Guillaume, ces fiers conquérans de l'Angleterre qui firent régner jusqu'au XVe siècle, dans ce pays, les mœurs, les lois, et la langue des Français? Enfin la Terre-Sainte ne vit-elle pas ses libérateurs et ses derniers souverains dans des chevaliers français ou anglo-normands, entraînés sur les pas d'un ermite français, à la voix d'un moine français! Quoi! tant et de si glorieux souvenirs n'auraient pas été recueillis d'abord en France, et n'auraient eu pour premiers interprètes que des auteurs d'Italie dans une langue vulgaire, qui n'était pas née, ou ne faisait que de sortir des langes provençaux, autrement du roman-français méridional! Non, c'est une chimère. Nos traditions antiques de chevalerie, confiées primitivement, en France et en Angleterre, à l'idiome latin dégénéré, en sortirent bientôt pleines d'une vie nouvelle, pour illustrer les premiers efforts de l'idiome français. C'est la vérité; elle est trop évidente pour la méconnaître, et trop glorieuse pour la sacrifier à la manie du paradoxe érudit. Ainsi commençait, pour notre langue, ce paisible et noble empire que la fortune et le génie se sont plu à lui assurer, dans le monde civilisé, et qui n'est pas près de finir, si le néologisme et le faux goût ne sont d'intelligence avec la suite des âges pour le détruire, car la conquête elle-même y serait apparemment impuissante. Passons à notre troisième et dernier point.
Meliadus mérite à peine un souvenir, prétend Chénier; nous en appelons à l'analyse suivante, tout imparfaite qu'elle est. L'action principale se fait un peu attendre, sans doute, mais, une fois venue, les sentimens y sont représentés avec charme et naïveté. Le 1er chapitre traite de la grant noblesse et puissance du roy Artus; le 2e, de la façon dont les Romains perdirent le truage du royaume de Logres; au 6e, on voit comment le roy de Northumberland emmena avec lui Esclabot et son frère à sa mesgnie pour les doter d'un moult beau chasteau. Enfin arrive, à la cour du roy Artus, Pharamond, roy de Gaule, avec Bliombéris de Gauues et le chevalier incognu qui, sous le nom de Meliadus, est le héros de l'ouvrage. Ce chevalier inconnu poursuit les ravisseurs de femmes, et les rend intactes à qui de droit, ce qui l'autorise à consoler celles que leurs maris rendent malheureuses; il abat maints chevaliers, et parfois abattu lui-même, il se releve toujours par quelque brillant fait d'armes inattendu. Le sort ayant voulu que la belle reine d'Ecosse fît mauvais ménage avec son mari et que Meliadus en fût informé, le cœur du chevalier vengeur s'enflamme pour elle. Il chante, le premier, des lais en son honneur; mais c'est peu de chanter cette belle incomparable et captive; il trouve moyen de lui vouer son cœur et son épée en pénétrant jusqu'à elle. Une entrevue première en amène plus d'une autre, et si bien fait Meliadus, que le voilà, de nuit, en la chambre de la reine d'Ecosse. Cependant la vilaine Morgane a découvert le secret des deux amans. Le roy d'Ecosse, averti, s'est mussé en la chambre près d'eulx. Meliadus n'a point d'autre arme que son épée; à quoi bon une cotte de mailles dans ce sanctuaire des amours? La reine s'inquiète (les femmes devinent tout)! «Que deviendrez-vous, bel ami, si mon mari paraît ici armé de toutes pièces? Madame, faict Meliadus, en s'asseyant de lez la roine, ne craignez! le roy d'Ecosse, se il nous trovoit en tel poinct comme nous sommes, ne se mettrait mie voulontiers sur moy, tant comme il veist que je tinsse cette espée.» Là dessus les amans commencent à deviser ensemble d'amour, et se déduisent à solaciement de accoler et baisier comme font gens qui s'entre-ayment, sans villennie faire. Sur ce, parait le roy d'Escosse. Meliadus le voit sans s'esmouvoir. Ledit roy, contenu par ce sang-froid, somme tant seulement Meliadus de partir sans à l'avenir lui faire plus de honte. Meliadus ne veut point sortir sans obtenir du roi, loyale créance qu'il ne fera nul mal, et ne rendra mauvais guerdon à la royne. L'époux effrayé donne sa parole, Meliadus sort; mais il n'est pas si tôt sorti, que le roy d'Escosse veut occire sa femme; toutefois il se contente de la dépaïser et l'emmene. Meliadus court après ce félon, l'atteint, desconfit ses gens et délivre la royne, qu'il emmene à son tour; mais le roy Artus fait une levée de gens de guerre pour venger le roy d'Escosse. N'est-on pas frappé que, depuis la belle Hélène, en tout pays, dans les temps héroïques, la possession d'une belle femme ait suscité des guerres? L'amour est donc quelque chose de sérieux, sans préjudice des douanes. Pharamond, de son côté, rassemble des alliés pour soutenir Meliadus. Suite de combats très divers et très chaleureusement racontés. Meliadus fait d'abord le roi d'Ecosse prisonnier. Les maris trompés, n'en déplaise à la Coupe enchantée, ne sont pas toujours heureux. A la fin, pourtant, Meliadus perd une grande bataille contre le roi Artus, et tombe en sa puissance, ainsi que la reine d'Ecosse entre les mains de son tyran. Voilà Meliadus en prison. Qu'y faisait-il, dans cette prison? il harpoit et trouvoit chants et notes. Messire Gauvain finit par obtenir la délivrance du chevalier captif. Dès lors il n'est plus question d'amour, il s'agit de reconnaissance; la morale applaudit sans doute, mais l'art du romancier y perd. Meliadus reconnaît la générosité du roi Artus, en se battant pour lui contre Ariodant de Soissogne avec une vaillance merveilleuse. Le reste du livre contient une action pareille, ou plutôt mille actions de chevalerie, qui se terminent par la mort de Meliadus, occis à la chasse, par deux chevaliers d'Irlande, sur le conseil du roi Marc de Cornouailles, et puis c'est tout.
Nous ne quitterons pas Meliadus sans donner sa génération, en renvoyant, pour ses ancêtres, à M. Dutens, qui les a rapportés[35]; car, grâce à lui, nous avons la généalogie historique de ces héros fabuleux, pour compléter la généalogie fabuleuse de bien des personnages historiques. Meliadus fut donc père de l'immortel Tristan de Leonnoys, lequel fut père d'Isaïe le Triste, lequel a aussi son roman[36]. Quant aux armoiries de Meliadus, on les trouve gravées dans le livre très rare de la Devise des armes des chevaliers de la Table ronde, imprimé à Lyon, in-16, par Benoît Rigaud, en 1590. C'est là que nous avons appris que messire Palamedes portait Echiqueté d'argent et de sable, de six pièces; armoiries des anciens Beaumont du Vivarais, éteints en 1435, chez les Beauvoir du Roure. Rien n'empêche donc (au cas que messire Palamedes ait existé) que celui qui écrit ces lignes n'en descende par les femmes; et pour peu que ce Palamedes descendît, à son tour, du Palamède qui inventa les échecs au siége de Troie, cela nous ferait une lignée fort passable: ce sont de belles choses que les origines!
[30] La Dissertation sur Marc-Pol, lue à l'Académie des Inscriptions, le 30 novembre 1832, que nous rappelons ici, a parfaitement démontré que le Voyage du Génois en Arménie fut d'abord rédigé en 1298, par un Rusticien de Pise; mais ne peut-il y avoir eu deux auteurs de ce nom et de la même famille? Celui qui translata les gestes de la Table ronde était certainement contemporain de Luce du Gua, de Gaces li Blons, de Gaultier Map, de Robert et Helys de Borron, qui translataient, comme lui sur l'ordre de Henri II d'Angleterre, mort en 1189. A la vérité, quelques auteurs, entre autres les rédacteurs du catalogue de la Vallière, ont prétendu que Meliadus fut demandé à Rusticien par Henri III, mort en 1272; mais ces rédacteurs, qui conviennent en même temps que Rusticien était contemporain de Luce du Gua, de Robert et Helys de Borron, se sont ainsi réfutés eux-mêmes, puisqu'il est avéré que ces derniers vivaient sous Henri II.
[31] Girardins d'Amiens vivait en 1260. Il écrivait sous l'inspiration et à la requête d'une grande dame, suivant l'usage du temps. Alors tout poète, tout romancier avait son patron. Nous avons vu quel était celui de Robert Wace et de Rusticien; Chrétien de Troyes suivait Philippe d'Alsace, comte de Flandre, mort en 1191, Menessier, une Jeanne de Flandre, et ainsi des autres. Claude Fauchet place Girardins le 94e dans la liste de 127 poètes antérieurs à 1300, qu'il a donnée dans ses origines de la langue française. Voici le début du Meliadus en vers:
Girardins d'Amiens qui plus n'a
Oi de ce conte retraire,
N'y voet pas mensonge attraire,