Robins m'a demandée, si m'ara, etc., etc., etc.
Survient un chevalier qui tâche de la séduire, en lui promettant, tour à tour, des oiseaux, un âne, un héron, etc., etc. Marions le repousse au nom de Robins et se gausse de lui. Le chevalier s'en va; Robins arrive; Marions lui conte tout. Les deux amans se mettent à manger côte à côte; mais l'idée du chevalier empêche Robins de manger; il cherche à se distraire en amusant son amie, saute, court, danse devant elle et va chercher des voisins pour les mieux égayer, gros Bourdon, par exemple, le joueur de musette, Baudon et Gautiers. Par malencontre, avant que la compagnie soit venue, le chevalier revient; il est plus pressant. Marions lui dit: «Sire! vous me feriez surprendre; alez vous ent, etc., etc., j'oy Robins flagoler au flagol d'argent.» Robins, sur ces entrefaites, a blessé le faucon du chevalier. Le chevalier rosse Robins. Marotte se précipite au secours de son ami. Le chevalier enleve Marotte en croupe sur son cheval. Robins pleure et n'ose courir. Cependant les voisins sont arrivés; mais comme ils ont peur, ils se cachent derrière un buisson, d'où ils voient Marion se débattre. Le chevalier la presse et lui promet encore un bel oiseau de rivière. La fidèle Marion préfère le fromage cras de Robins. Alors le chevalier la laisse; et elle appelle aussitôt Robins, qui sort de sa cachette pour l'accoler devant Baudon. Surviennent d'autres amis de Robins, suivis de Péronele. La troupe se prend à folâtrer. On joue au jeu de Saint-Coines: puis Marion trouve ce jeu trop lais. Gautiers propose de faire un pet pour s'esbatre. Fi! Gautiers! dit Robins, que devant Marotte ma mie, avez dict si grant vilenie. Tout balancé, on joue au jeu des rois; on compte jusqu'à dix à la main chaude: Baudon est roi. Le roi fait diverses questions; il demande à Robins quant une wake naist, à quoi il sçai qu'ele est femele. Robin a honte, et se résout à conseiller au roi de lui regarder au cul. Sur quoi le roi lui commande de baiser Marion, ce que celui-ci fait si lourdement, que Marion lui dit qu'il pese autant qu'un blos. Le roi demande à Huart quelle viande il aime le mieux, Huard dit que c'est bons fons de porc pesant et gras. Le roi demande à Perete qu'elle est la plus grande joie qu'elle ait goûtée d'amour? Perete répond que c'est quand ses amis lui tiennent compagnie aux champs, avec ses brebis; et Gautiers lui dit qu'ele ment: il a raison. Le roi demande à Marotte combien ele aime Robins; Marotte répond qu'ele l'aime d'amour si vraie, qu'ele n'aima jamais tant brebis qui ait agnelé; la compagnie trouve que c'est beaucoup dire. Gautiers s'offre en mariage à Perete, et lui fait l'énumération de ses richesses. Il a ronchi traiant, bon harnas, et herche et carue, houche et sercot, tout d'un drap, avec une rente qu'on lui doit de grain sur un moulin à vent, et une vake. Perete refuse, car, dit-elle, il y aurait bataille entre lui et mon frères Guiot, vu qu'ils sont deux sots. Là dessus, gros rire, et on se fouille les poches pour en tirer victuailles à manger ensemble. Robin veut aller querir un gros et gras capon, qu'il mangera avec Marotte et la compaignie, bec à bec. Survient le berger Warniers, tout triste de ce que Mehales, sa mie, s'est déchute avec un prêtre, on dit, à quoi Rogans répond: en nom Dieu! Warniers, bien puet estre, car ele i aloit trop sovent. Warniers se console; on mange, on danse, et Robin touche dans la main de Marion, qui lui donne sa foi. C'est ainsi que le jeu finit ou commence.
LE RENONCEMENT D'AMOURS.
1 vol. pet. in-4, goth., avec fig. et vignettes historiées en bois, imprimé à Paris, par Jehan Trepperel, demeurant en la rue Neufve-Nostre-Dame, à l'enseigne de l'Escu de France (S. d.), mais de peu antérieur à 1500. (Très rare.) Notre exemplaire est dans toute sa marge, non rognée.
(1370-1499.)
Ce Poème, en vers croisés de huit pieds, sans succession régulière de rimes masculines et féminines, contient vingt-neuf feuillets; le reste du livre est consacré à une déclamation et à des oraisons en l'honneur de la Vierge, au nom de l'amoureux qui a renoncé à l'amour. Cette seconde partie a treize feuillets, dont le dernier ne présente autre chose qu'une gravure en bois où l'on voit les armes de France supportées par deux anges. Plus bas, le monogramme I T, de Jehan Trepperel, est soutenu par deux lions; le tout est entouré de ces mots: Octroye nous charité et concorde, en provolant ta grant miséricorde. La date de ces poésies doit remonter au moins à 1370. Leur auteur est inconnu. C'est un des nombreux imitateurs de Guillaume de Lorris et de Jehan de Meung, le fameux Misogyne; mais il n'a ni leur verve, ni leur imagination. Au lieu des peintures vives et animées, des traits mordans du Roman de la Rose, on trouve dans ce débat (car c'est encore un débat) de froides dissertations sur l'amour, ses bienfaits et ses méfaits, des idées communes, à peine rachetées de loin en loin par quelques images gracieuses et quelques mots de sentiment ou de satire; mais surtout beaucoup de verbiage.
L'auteur, ou l'acteur, pour parler le langage du temps, raconte comment,
«Dans le beau plaisant moys de may
»Que tous cueurs s'efforcent d'amer