(1677)

On attribue généralement le Traité de l'Abus des Nudités de gorge à l'abbé Jacques Boileau, docteur de Sorbonne, frère de Despréaux, quoique M. Barbier ni M. Brunet ne sachent pas sur quel fondement. Peut-être cette opinion tient-elle à l'analogie de l'ouvrage avec l'Histoire des Flagellans. L'imprimeur dit, dans son avis au lecteur, que ce Traité est dû à la piété d'un gentilhomme français qui, passant par la Flandre, fut singulièrement blessé d'y voir les femmes avec la gorge et les épaules découvertes; mais une telle censure est plus naturelle à supposer de la part d'un ecclésiastique. Le gentilhomme, d'ordinaire, n'est pas si tendre à la tentation, ou bien il l'est davantage à la tolérance. Notre exemplaire est signé à la main au dessous du titre, de la Bellonguerais. Si l'auteur n'est point l'abbé Boileau; ne serait-ce pas ce gentilhomme? Sub judice lis est.

L'ouvrage est divisé en deux parties, dont l'une traite de la nuisance et de la culpabilité de la nudité des épaules et de la gorge; et l'autre, des vaines excuses des femmes pour autoriser cet abus. La matière est toute contenue dans 113 paragraphes, ainsi répartis, 44 dans la première division et 69 dans la seconde. A la fin se trouve une ordonnance de MM. les vicaires-généraux de Toulouse, administrateurs capitulaires du diocèse, le siége vacant, pour prohiber lesdites nudités sous peine d'excommunication. L'ordonnance présente, pour signataires, les sieurs Ciron, du Four, de la Font, Destopinya, et Beauvestre, secrétaire.

Première partie.—Le monde recherche ces nudités; preuve que Dieu les réprouve.—Saint Paul et saint Jean-Chrysostôme les anathématisent, surtout dans la maison du Seigneur.—Les femmes ne savent-elles pas que la vue d'un beau sein n'est pas moins dangereuse pour nous que celle d'un basilic?—Quelle place Dieu peut-il trouver dans une ame que les yeux ont trahie?—La nudité d'Eve fut une suite et une marque de son péché.—Quand on montre ces choses, ce ne peut être que dans un mauvais dessein; car quel serait le bon? Si les femmes et les filles se veulent bien souvenir de ce que dit saint Jean-Chrysostôme, qu'une image et une statue nues sont les signes du diable, elles se couvriront.—Les Juives, les Romaines même portaient des voiles; quelle honte pour des chrétiennes que de n'en pas souffrir!—Si elles ne sont pas touchées de leur salut, qu'elles le soient du moins de leur santé compromise!—Qu'elles le soient du mépris qu'elles excitent jusque chez ceux qui les admirent!—Ne veulent-elles plaire qu'aux libertins, mais elles deviendront leurs victimes. Veulent-elles plaire aux honnêtes gens, mais alors qu'elles se couvrent.—La femme est un temple dont la pureté tient les clefs.—Ses discours seraient chastes et sa parure ne le serait pas! quelle inconséquence!—Un sein et des épaules nus en disent plus que les discours.—Dieu compare la nation corrompue à la femme qui élève son sein pour lui donner plus de grace.—Couvrez-vous donc, mais tout à fait, et ne couvrez pas ceci pour découvrir cela!

Deuxième partie.—On cherche d'honnêtes motifs ou des excuses pour découvrir sa gorge et ses épaules. De quoi ne s'excuse-t-on pas? Adam et Eve aussi s'excusaient.—L'abbé Rupert dit que ce qu'il y a de pis dans une faute, c'est l'excuse qu'on lui cherche.—Eh! quelles sont ces belles excuses?—La mode? la coutume? comme si la mode et la coutume étaient des marques de la justice ou en pouvaient dispenser!—Jésus-Christ, dit Tertullien, ne s'est pas nommé la coutume, mais la vérité.—Elles disent que cela n'est pas défendu. Ah! quelle ignorance ou quel mensonge!—Ne savent-elles pas d'ailleurs que qui veut leur plaire et les cajoler commence toujours par louer leur gorge ou leurs épaules?—Elles savent bien que cela donne des idées défendues, si cela n'est pas défendu; mais cela est défendu.—Nous n'y entendons pas malice, disent-elles encore.—Qu'en sait-on? et puis qu'importe, si nous autres hommes y entendons malice?—Quand vous n'agiriez en cela que par vanité, ce serait encore criminel.—Un beau sein est un glaive qui peut tuer un homme.—Vous agissez d'abord innocemment, je le veux croire, mais on vous cajolera si bien, que vous périrez par la cajolerie.—Vous êtes de vrais athlètes du démon avec ce corps demi-nu.—A cela, elles s'écrient: «Vous voulez donc que nous couvrions aussi notre visage?»—Quelle belle objection! Ne voyez-vous pas, si elle était fondée, qu'elle vous menerait à vous découvrir de pied en cap?—D'ailleurs, vous pouvez rendre vos yeux et votre visage modestes; mais pouvez-vous rendre votre gorge et vos épaules modestes?—Mais les filles prétendent qu'elles ont besoin de plaire pour se marier, et les femmes qu'elles en ont affaire pour conserver leurs maris!—Ici, le gentilhomme ou l'abbé Boileau a tant de bonnes réponses à faire et répond si bien, que nous y renvoyons le lecteur.


ORATIO
JACOBI GRONOVII.

De ratione studiorum suorum, recitata publice, quum græcæ linguæ et historiarum professioni auspicaretur, octavo decimo mensis martii. ↀ.ⅮC.LXXIX. 1 vol. in-8 de 60 pages. (Exempl. de Huet, évêque d'Avranches, légué par lui avec sa bibliothèque, aux jésuites de Paris.) Lugduni in Batavis, apud Jacobum Gaal.

(1679.)

Voici peut-être le chef-d'œuvre de ce pédantisme universitaire dont le docteur Mathanasius s'est moqué si agréablement. Profusion d'idées communes, déclamatoires ou quintessenciées, rapprochemens forcés, abus d'érudition, périodes interminables, style obscur et contourné comme à plaisir, recherche d'expressions bizarres et peu usitées, latin inintelligible à force de travail, rien n'y manque, et sans quelques sages conseils donnés à la jeunesse, sans un éloge de la république romaine qui présente parfois de la grandeur, ce serait, à rebours, une pièce achevée. Nous n'en citerons que l'exorde qui mérite d'être connu.