Autre question: Qu'est-ce qu'un miracle? les uns répondront que c'est quelque effet surprenant qui dépasse les bornes de notre compréhension; à ce compte, la germination d'un grain de blé serait un miracle!... les autres vous diront que le miracle est un effet surnaturel produit par un ordre exprès de la divinité, sans se mettre en peine de définir le surnaturel, et sans songer que tout effet vient de l'ordre de Dieu.

Moi, dit à son tour Bernard Connor, je me bornerai à vous montrer comment, par la seule suspension de ses lois du mouvement, Dieu a pu produire très naturellement ces effets qui vous semblent renverser l'ordre de la nature. Puisque le monde matière ne saurait rien acquérir ni rien perdre, tous les phénomènes qu'on y remarque ne sont ni des créations ni des destructions; ce sont de simples mutations de lieux et de figures. Supposez que Dieu suspende celle de ses lois du mouvement qui place un tel corps en tel lieu, sous telle forme; à l'instant tel homme va soudainement mourir, tel autre ressusciter.

Supposez que Dieu suspende celle de ses lois du mouvement par laquelle un corps mu, venant à en rencontrer un moindre immobile, le déplace; et vous allez voir ce faible mur résister à tout l'effort de la bombe et du boulet.

Supposez encore que Dieu suspende celle de ses lois du mouvement par laquelle la liqueur virile va solliciter le germe du corps humain dans la matrice de la femme, et qu'il ne suspende pas cette autre loi qui meut ce germe où il réside, la femme concevra d'elle-même, etc., etc. Tout ce dixième article, relatif à la génération, qui, par parenthèse, donne de beaucoup la plus belle part aux femmes dans l'action génératrice, n'est pas un des moins curieux à lire.

Viennent ensuite une analyse chimique du corps humain, des observations sur l'état de mort, sur les conditions nécessaires de la résurrection, sur l'état de ressuscité, qui dispensera l'homme de respirer, de manger, etc., et cela toujours en vertu des lois du mouvement. Mais nous en avons dit au moins assez pour faire connaître cet ouvrage systématique où brillent un savoir peu commun et un génie élevé. Il nous reste à justifier par une citation ce que nous avons avancé du talent d'écrire en bon latin qu'avait Bernard Connor; nous la prendrons dans ce dixième chapitre où le sexe est traité si favorablement:

«Ex his inferre datur quantas sibi prærogativas vindicare possunt fœminæ, præ maritis, quantoque cultu et honore liberi matres suas prosequi deberent. Mulier enim sola totum fere generationis opus perficit: ipsa sola semen, seu rudimenta corporis, ante viri consortium continet; multis ærumnis obnoxia est gravida mulier; multis torminibus in partu cruciatur; ipsa pascit fovetque in utero fœtum, et post partum, mammarum lacte alit; unde intentior est ut plurimum matris quam patris in liberos amor. Vir autem post unius momenti voluptatem nihil amplius de partu cogitat, et in ipso libidinis æstu tam parum generando fœtui suppeditat, ut vix parentis nomen mereatur.»

«Ce qui précède fait voir quelles hautes prérogatives les femmes peuvent revendiquer sur les hommes, et quels religieux honneurs les enfans doivent rendre à leur mère. C'est, en effet, la femme qui, presque seule, accomplit l'œuvre de la génération; elle, toute seule, avant d'être unie à l'homme, contient le germe et comme les rudimens du corps humain; de pénibles épreuves l'attendent dans sa grossesse, et mille tourmens la déchirent dans l'enfantement; l'embryon puise la vie et la chaleur dans son sein; l'enfant nouveau-né se nourrit du lait de ses mamelles; et de là cette tendresse maternelle si supérieure à celle des pères pour leurs rejetons; mais l'homme, après l'instant du plaisir de l'amour, ne songe point à ce qu'il fera naître, et dans le feu même de ses transports il contribue si peu au mystère générateur, que c'est à peine s'il mérite le nom de père.»


EXPLICATION
DES MAXIMES DES SAINTS,
SUR LA VIE INTÉRIEURE;

Par messire François de Salignac Fénelon, archevêque duc de Cambrai, précepteur de messeigneurs les ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry. A Paris, chez Pierre Aubouin, libraire de messeigneurs les enfans de France, quai des Augustins, près l'hôtel de Luynes, avec privilége du roi. M.DC.XCVII. (25 janvier). 1 vol. in-12 de 272 pages, plus 17 feuillets préliminaires pour l'avertissement de l'auteur et l'extrait du privilége.