Sachant qu'il n'y a rien, en cet enfer infame,

Qui soit assez puissant pour combattre une femme,

Plein d'un esprit malin, en tout desmesuré;

Puis le sceptre n'est pas par combat assuré, etc., etc.

C'est là tout le trait de l'ouvrage, qu'on peut résumer en ces deux mots: «Des filles sont pires que tous les diables ensemble.» Du reste, la versification n'en est pas aussi grossière que celle de beaucoup d'autres poèmes du même temps, et le récit ne manque pas de gaîté. A l'égard de la déploration de la mère Cardine et de la chanson des bourgeoises, ce sont des pièces remplies d'une verve trop libre pour qu'il soit permis de les analyser.


DISCOURS
POLITIQUES ET MILITAIRES
DU SEIGNEUR LA NOÜE,

Nouuellement recueillis et mis en lumière. A Basle, de l'imprimerie de François Forest.(1 vol. in-8.) M.D.LXXXVII.

(1587.)

François La Noüe, dit Bras-de-Fer, gentilhomme breton[4], né en 1531, mort au siége de Mercœur, en Bretagne, en 1591, est un des guerriers qui honorent le plus l'humanité, et la France particulièrement. Il a illustré son pays par ses actions et par ses écrits. Calviniste sincère, il s'est fait respecter des catholiques mêmes par sa loyauté. Michel Montaigne admirait en lui la douceur singulière des mœurs, jointe à l'intrépidité du caractère. C'est une justice de l'avoir rangé, pour ses discours politiques et militaires, parmi les premiers modèles de prose française, comme l'a fait M. François de Neufchâteau dans son judicieux Essai sur les meilleurs prosateurs de notre langue, antérieurs à Pascal; mais c'est une injustice au public de l'avoir négligé et oublié, depuis 1638 qu'il a cessé d'être réimprimé. Réparons cet oubli de notre mieux, en payant d'abord un tribut d'hommage à Moïse Admirault, qui, du moins, a écrit la vie du brave La Noüe de manière à rendre à jamais sa mémoire chère et vénérable.