Comédien original. A Cologne, chez Charles Savoret, rue Brin-d'Amour, au Cheval-Volant (1 vol. pet. in-8 de 216 pages.) M.DCC.XLI.

Des Lauriers n'est pas l'auteur de ces pensées; on les doit à un plaisant anonyme, bien moins gai que lui, sinon moins cynique, lequel s'est permis de rajeunir l'Ancien Bruscambille, d'y ajouter, d'en retrancher, d'y mêler des vers fort plats; en un mot, de le gâter. Les amateurs des facéties les recherchent pourtant à cause de certaines pièces de l'invention du correcteur, qui ne se trouvent pas ailleurs, telles que les caractères des femmes coquettes, joueuses, plaideuses, bigotes, etc., etc., ainsi que la bulle comique, sur la réformation de la barbe des révérends pères capucins, fulminée par Benoît XIIIe, en 1738, et signée Oliverius, évêque de Lanterme.


LES TROIS VÉRITÉS;

Deuxième édition augmentée, avec un advertissement et bref examen sur la response faicte à la troisième Vérité, par Pierre le Charron, Parisien; de nouveau imprimé à Bourdeaux, Millanges. (1 vol. in-8.)

(1594-1596.)

Charron, qui avait semé, dans son Traité de la Sagesse, des propositions mal sonnantes sur l'immortalité de l'ame, l'existence de Dieu et autres grands points de religion, fut plus chrétien ou plus circonspect dans son livre des Trois Vérités qu'il publia d'abord, sans nom d'auteur, à Cahors, en 1594. Sa première Vérité est qu'il y a une religion; sa seconde Vérité, que la religion chrétienne est la véritable; enfin, sa vérité troisième, dirigée contre le Traité de l'Église de Duplessis Mornay, établit que, hors l'Église catholique romaine, il n'y a point de salut.

Les argumens du premier Livre, où les athées sont pris à partie, montrent qu'il n'y a pas d'effet sans cause; que l'objection contre l'existence de Dieu, tirée de l'impossibilité de le démontrer et de le définir, est de nulle valeur, l'homme ne pouvant, en sa qualité d'être fini, définir un être infini; que le raisonnement suivant n'est pas meilleur: «Si Dieu existait, il serait tel ou tel, ce qui impliquerait contradiction avec la qualité d'être infini;» car Dieu peut exister sans que l'homme puisse savoir s'il est tel ou tel. La vraie connoissance de Dieu, dit Charron, est la parfaite ignorance de lui. Le monde est formé de matière ou sans matière; et, dans les deux hypothèses, il suppose un acte et un agent hors de lui-même. L'ordre de l'univers, l'harmonie, la prévoyance, qui partout y éclatent, révèlent un créateur. Le consentement des peuples reconnaît Dieu. Les génies occultes, dont on ne saurait nier l'existence, les démons, les miracles, les prédictions, les sibylles le prouvent. Le mal moral et physique n'est pas une raison de nier Dieu, car nous ne pouvons savoir si ce que nous appelons mal est nuisible, dans le sens absolu, et s'il n'a pas son utilité. Nos vices ne compromettent pas l'existence de Dieu, puisqu'ils ne viennent pas de lui, mais de nous, et que Dieu sait tirer le bien de nos vices mêmes. Enfin (et ceci est excellent), il est évident que Dieu vaut mieux que point de Dieu; or, il est de l'essence de l'intelligence, qui ne peut elle-même se trahir, de croire le mieux.

Suit une sage énumération des avantages qui découlent pour l'homme de la croyance en Dieu; et c'est par là que finit, avec le douzième chapitre, le premier livre, des trois le meilleur à notre avis.

Second Livre.—Cinq religions ont eu principalement crédit dans le monde, savoir: la naturelle; la gentille, à partir du déluge et de la tour de Babel; la judaïque, commencée au temps d'Abraham et promulguée par Moïse; la chrétienne; et la mahumétane, 600 ans avant Jésus-Christ. Chacune allègue ses saints, ses miracles, ses victoires, et chacune fait des reproches sanglans aux quatre autres. On reproche à la naturelle que, n'ayant ni dogme écrit, ni prescriptions déterminées, elle ne forme pas proprement une religion; à la gentille, ses sacrifices humains et la multiplicité de ses dieux; à la judaïque, sa cruauté envers les prophètes, et ses pratiques de superstition grossière; à la chrétienne, ses trois Dieux en un seul et son culte des images; à la mahumétane, sa vanité charnelle et sa propagation par la guerre.