Luther, dont le propre était l'excès en toute chose, avait débuté par être un ardent ami du pape, et un moine singulièrement austère. Lorsqu'il prit les armes, pour la première fois, ce fut contre Tzellius, qui avait abusé de la doctrine de la justification. «Je défendais alors le pape et ses canons contre ce misérable ignorant, dit-il; mais Dieu, ayant permis que le pape prît parti contre ses propres canons, pour mon adversaire, je fus éclairé, et l'Évangile triompha.» Ses amis lui parlaient un jour de ses écrits avec sollicitude. «Plût au ciel que tous mes livres fussent détruits, leur répondit-il, et que la seule Bible restât! Tout est là. L'Église n'a que trop de livres. La plupart de ceux d'Augustin ne sont rien. Il n'y a presque rien dans Jérôme, hors quelques pages d'histoire. J'espère, et c'est ce qui me console d'avoir écrit, que mes livres seront bientôt oubliés, et que la Bible, seule, restera.» Il parlait en toute occasion contre l'orgueil, et faisait, à ce sujet, de sages réflexions, qu'il aurait dû s'appliquer. Écoutons-le: «De toutes les superbes, celle des théologiens est la pire; il ne faut qu'un procès perdu pour humilier le juriste, qu'une maladie pour rendre la beauté modeste; mais comment refréner un homme qui croit parler de Dieu au nom de Dieu?» Il avait Cicéron en grand honneur, et le mettait fort au dessus d'Aristote, lequel n'était, à ses yeux, qu'un habile dialecticien. «J'espère que Dieu sera propice à Cicéron, disait-il; ce n'est pas à nous de rien décider en ce genre; mais l'autre terre, qui nous est promise, est assez vaste pour que chacun y reçoive sa place selon ses mérites.» Sublimes paroles qui dépassent de mille coudées toutes les controverses du monde! N'oublions pas non plus ce qui suit, relatif aux effets temporels du lien conjugal: «In conjugio non debent locum habere tuum et meum, sed talis communicatio bonorum omnium constituatur, ut vere agnosci non possit, quid cujusque sit proprium.»
Luther fulmine contre le célibat des prêtres, et affirme que ce pernicieux usage remonte seulement au temps de Cyprien, 250 ans après Jésus-Christ.
Nous ne dirons rien de ses Cas matrimoniaux, qui, pour la plupart, fournissent trop au scandale, et nous finirons par une pensée que nous suggère l'excessive tolérance que Luther montre pour la digamie et la polygamie. Quand un homme a brisé ses liens monastiques, il devient incapable de régler les mœurs. L'esclave qui s'est affranchi est un mauvais maître. Martin Luther ne vivra dans la mémoire des hommes que comme destructeur et non comme fondateur. Il a porté à l'absolue puissance des papes des coups dont elle ne se relevera point; mais quant au luthéranisme, qui n'était déjà guère du temps de Bossuet, il n'est plus rien aujourd'hui.
[1] Ne faut-il pas plutôt lire Angilbert, ce gendre de Charlemagne, devenu moine de Centule en Ponthieu, le même dont Duchesne nous a donné des poésies?
LES DEUX CHEVAUCHÉES DE L'ASNE,
SAVOIR:
1o. Recueil faict au vray de la Chevauchée de l'Asne faicte en la ville de Lyon, et commencée le premier jour du moys de septembre mil cinq cens soixante-six, avec tout l'ordre tenu en icelle. A Lyon, par Guillaume Testefort, avec privilége et cette épigraphe: Mulieris bonæ beatus vir. Récit en prose et en vers, formant 40 pages in-8, réimprimé in-8 à Lyon, par J.-M. Barret, à 100 exempl. seulement, en 1829.
2o. Recueil de la Chevauchée de l'Asne faicte en la ville de Lyon le dix-septième de novembre 1578, avec tout l'ordre tenu en icelle. A Lyon, par les Trois Supposts, avec privilége et l'épigraphe précédente. Réimprimé à Lyon, en 1829, chez J.-M. Barret, 100 exempl., in-8, par les soins du même amateur anonyme, qui prend pour initiales les lettres B. D. P. Ces deux recueils sont précédés de préfaces savantes et suivis de glossaires. De nombreuses notes éclaircissent les obscurités du texte et nous fourniront la meilleure part des brèves remarques auxquelles ces deux opuscules rarissimes vont donner lieu.
(1566-78—1829.)