Ainsi parla-t-il à Gaby Lesurques (charmant visage, intelligence bornée) qui, pour toute réponse, murmura d’une pauvre voix mince:
«Ben vrai, Mathieu, tu en dis des choses!»
Et vida d’un trait son cocktail.
Quelques incursions dans d’autres mondes lui donnèrent de l’ennui; la préparation de deux examens utiles l’absorba insuffisamment. Pourtant, son année de service militaire lui fut d’un réel bénéfice. Il acceptait une discipline aussi ouvertement affichée; sa liberté n’en souffrait pas. Il se plut à cette tâche qui l’occupait d’une façon nouvelle et la ville de province qui l’accueillit faisait un bien joli cadre. Mais ces haltes n’ont qu’un temps... Un jour, on s’en va... Dès lors, il semble que les belles heures soient passées où l’on se sentait l’âme libre et légère.
«D’ailleurs, expliquait-il, cela eût duré un mois de plus que je me serais ennuyé à périr... ou jusqu’à tout casser.»
Mathieu a-t-il si peu changé depuis le collège?
Rentré à Paris, il s’aperçoit que les sorties nocturnes le tentent moins. Des projets d’avenir se précisent en lui. Bientôt, il partira; il s’installera pour quelques années dans une colonie lointaine... laquelle? il ne sait encore, mais de ce choix il s’occupe avec application.
Un soir d’hiver où la pluie tombe dru et que Mathieu étudie, dans un gros livre, l’agrément et les inconvénients de vivre en Indo-Chine, on sonne à sa porte. Il ouvre et reçoit des mains du télégraphiste ruisselant un papier bleu. Persuadé que ce sont là des nouvelles de sa jeune amie du jour qui soigne au soleil de Nice un rhume de cerveau, il déchire la feuille sans hâte, mais ce papier bleu lui vaut une surprise, car il lit:
Votre oncle succombé ce matin à une attaque de goutte. Funérailles lundi midi. Sincères condoléances, affections. Jérôme Hourgues.
«Il convient donc que je parte au plus tôt,» se dit Mathieu.