«Comme il vous plaira, mais je voulais vous épargner cette émotion et cet effort de volonté, très durs pour une femme... Parlez donc, puisque moi je n’ai pu m’empêcher de vous parler.»

Elle appuya ses mains sur le bureau et, d’une voix toute simple, toute tranquille, qui ne tremblait pas:

«Monsieur Delannes, dit-elle, mon mari a découvert, je ne sais par quel procédé, que vous étiez mon amant. Il m’a interrogée, et, de ma bouche, en a reçu l’aveu. Il tient à nous apprendre ce qu’il compte faire.

—Vous savez, Madame, balbutia Mathieu, que je vous suis tout...

—Un instant... Comme je garde à James la plus grande reconnaissance, je crois qu’il est de notre devoir de lui laisser une entière liberté: nous n’avons qu’à l’écouter. Pensez-vous autrement?

—Je m’incline, Madame.

—Je vous en sais gré à tous deux, dit James, mais si vous avez à mon égard un sentiment sincère de loyauté, vous voudrez bien, quand vous parlerez, ne plus vous appeler Monsieur et Madame: des amants ne s’appellent pas Monsieur et Madame; quand ils le font, ils ont l’air de se cacher, de mentir encore un peu plus. Cela me troublerait l’esprit, et je tiens précisément à me dégager de toute influence.

—C’est juste,» dit Mme Randal.

Delannes se tut: son évidente stupéfaction répondait pour lui.

«A vous, Ida, reprit James Randal, je ferai encore un reproche: vous disiez tout à l’heure: «Il a découvert, je ne sais par quel procédé...» or, je n’ai usé d’aucun procédé: il n’en est aucun d’honorable; non, les bruits du camp me sont parvenus et je n’ai eu, ensuite, qu’à ouvrir les yeux, puis à vous interroger.