—Suivre sa conscience quand on juge ça!... Enfin, on tâchera.

—Nous jugerons cet homme, ajouta Randal, et cette femme aussi.»

Depuis son entrée, Sam Harland avait l’air du chien méchant que sa laisse seule empêche de bondir, et, bien qu’il n’aboie ni ne grogne, est tout prêt à mordre. On ne reconnaissait déjà plus le visage ouvert et franc, la bouche gaie où une pipe pendue mettait souvent un trait d’humour; mais, aux dernières paroles de Randal, la face hâlée, soudain vieillie, devint toute grise.

«Jurez-vous, insista Randal.

—Je jure,» dit Harland avec effort.

Leslie gardait son expression séraphique et ravie. Un instant, il se recueillit, une main posée sur les yeux, puis, très simplement:

«Je jure,» dit-il.

Alors James Randal se mit à parler sur le ton d’une conversation rapide, un peu brusquée.

«Si j’avais vu clair en moi-même, sans doute ne vous aurais-je pas appelés à mon secours, mais je ne puis expliquer le mal qui me touche assez bien pour que ma raison soit satisfaite. Cette femme, cet homme, ont péché; cette femme, je l’aimais et je croyais en son amour; j’estimais cet homme et pensais mériter son estime. Tous deux m’ont payé en fausse monnaie: ils me trompent insolemment, cruellement, ils m’infligent le maximum de souffrances. Que méritent-ils en retour? Voilà ce que je voudrais savoir... Je ne puis pourtant pas le leur demander!»

Avant qu’il ait pu réfléchir à cette idée nouvelle, Leslie répondait nettement: