Figé dans sa pose tendue, Sam Harland semblait la statue même du forcené.

James Randal parla.

«Une leçon est utile à l’homme que la colère va saisir; le Seigneur n’abandonne pas ceux qu’il protégeait: sa main posée sur moi, sévèrement, me force à réfléchir... Il est trop facile de s’indigner... Ida, vous aviez raison: on ne juge pas selon l’équité lorsqu’avant d’entendre, déjà, l’on s’occupe de punir... Écoutez-moi tous les deux.—Vous êtes venu ici, monsieur Delannes, perverti par le siècle et l’âme troublée, bien que cette âme fût bonne en son essence. Vous avez transgressé la loi comme un aveugle trébuche; or, quand il tombe dans le ruisseau, on relève l’aveugle, on n’assure pas sa chute en le frappant.—Ida, vous n’avez pas trouvé en moi cette affection vivante à laquelle vous pouviez prétendre: j’ai dû vous aimer pour moi-même et si mon âme n’était point obscurcie par le commerce des hommes, du moins l’était-elle par un invincible orgueil. Je vous l’ai dit: la main de Dieu s’appesantit sur moi et je baisse la tête.—Monsieur Delannes!...»

Il suppliait, d’un accent adouci...

«Monsieur Delannes! à cette heure où vous avez conscience de vous-même, prenez la résolution ferme, spontanée et joyeuse de ne plus pécher. Arrêtez-vous, ouvrez votre cœur à la lumière d’en haut; puis, déchargé d’une si lourde hotte d’indignités, repartez sur la voie toute droite, en chantant!...»

Et la voix d’Avery Leslie s’éleva soudain, trempée de pleurs.

«Cher monsieur Mathieu! rendez à James Randal cette femme qui lui appartient!...

—Ida, reprit James Randal, vous avez été éblouie par une beauté, une jeunesse, un charme que vous ne trouviez pas en votre mari...»

Si graves, ces paroles! si graves!... presque pas ridicules!...

«Le soleil vous aveuglait et vous aussi trébuchiez sur le chemin difficile. Relevez-vous, Ida! Voici l’aide et le soutien de mon bras; relevez-vous sans blessures; mais, si vous vous êtes fait mal aux pierres de la route, je panserai la chair contuse et l’âme meurtrie...»