Je voyais cela! Je ne pouvais faire un geste! Le gros Kid me tenait toujours devant lui, serré par les coudes…

Mais alors, coupant la scène, la dominant comme fait le tocsin d'un incendie, derrière moi, jaillit de la bouche de Kid un hymne enthousiaste et sonore. Comme si toute son âme s'exprimait en cette hymne, John Kid chantait un cantique. John Kid chantait à pleine voix les louanges du Seigneur. Loin des hommes passionnés et cruels, il se réfugiait dans une adoration supérieure… Il chantait.

Les abeilles bourdonnaient autour des épaules de van Horst ; elles le piquaient aux bras. La bouche fixe, il faisait effort contre les cordes qui le liaient à l'arbre, et John Kid chantait.

Etait-ce pour affermir le courage de la victime? Etait-ce pour s'en remettre à Dieu du jugement final?… John Kid chantait.

Les abeilles se posaient sur le cou de van Horst, rampaient sur son menton, bourdonnaient autour de ses cheveux.

A quelques pas, Holly et sa femme, accroupis à terre, excitaient les abeilles en jetant contre l'essaim de petits cailloux.

Et le gros Kid chantait toujours sans que sa voix tremblât ni faiblît, et toujours il célébrait le Dieu juste qui règne dans les cieux…

Le reste se passa en quelques secondes. Nous agîmes tous avec une folle rapidité… Kid s'était rapproché du supplicié en me poussant devant lui, et, soudain, des lèvres de van Horst que les abeilles couvraient déjà, de ces lèvres boursouflées affreusement par le venin, quelques mots s'échappèrent… non point des cris : des mots, quelques mots passionnés :

« Je vous adore! Annie, mon amour! »

D'abord, elle ne broncha pas, puis, brusquement, elle s'approcha de moi, me prit par le cou, m'attira vers elle et me baisa la bouche.