On ne voyait rien dans cette ombre noire et verte. Jimmy m'éclairait de son mieux avec une lanterne prise à la buvette, moi, je travaillais maladroitement, la terre étant dure, pleine de racines et de cailloux.

Enfin, ce fut fait. La fosse paraissait assez grande. Il dormirait tranquille. Les bêtes sauvages ne le déterreraient pas ; les hommes de la Fourche le laisseraient en paix.

Jimmy, un peu las, s'était assis par terre et la lanterne, posée entre ses jambes, éclairait le visage fracassé du grand cadavre…

Voilà… L'histoire de van Horst, mon maître, était finie…

Lorsque j'eus abattu Vincent van Horst, je pris la fuite et j'errai quelque temps sous les arbres. On m'avait cherché, d'abord, mais aucun de ces hommes ne connaissait la forêt aussi bien que moi, et, peu à peu, ils étaient tous rentrés à la Fourche. La nuit venue, je m'en fus chercher van Horst, et, l'ayant trouvé, je vis, tout auprès de l'horrible dépouille, passer une ombre agile. Jimmy? Que faisait-il là? Je l'appelai. Il me répondit d'une voix brouillée que j'entendis mal.

Je l'envoyai au bar pour qu'il m'en rapportât une pioche, une pelle, une lanterne et cette même éponge qui m'avait déjà servi pour le sang du vieux Smith. Je voulais enterrer van Horst proprement.

Rapide et secret, Jimmy fit la commission… S'occupait-on jamais des gestes de Jimmy!

Et puis, nous nous mîmes au travail…

Comme montait la nuit, le vent était tombé. De l'ouragan, il ne restait que des souffles furtifs qui faisaient frémir le feuillage. Parfois, une voix soudaine gémissait dans l'air, puis, tout se taisait… Heure sombre!… la lanterne donnait une si courte lumière, qu'il me semblait vraiment être entouré de murailles noires, toutes proches.

Encore quelques instants, et le cadavre fut couché dans sa fosse.