Et il ferma les poings.
— D'où tenez-vous, demandai-je, cette affreuse histoire des gens mordus par un loup?
— Les vieilles femmes de chez moi la racontent, le soir, pour faire peur aux enfants… Peut-être disent-elles vrai!… On ne sait pas!… on ne sait jamais!…
Van Horst regardait tristement l'eau du fleuve où ricochait un martin-pêcheur.
« Mais… chez vous, où est-ce donc? Je dois être votre compagnon, je vous aime bien et j'ai confiance en vous, pourtant, je ne sais ni qui vous êtes, ni d'où vous venez. De vous, je ne sais rien que votre nom… et puis, je crains que vous ne me fassiez peur, à moi aussi… un peu. »
Van Horst éclata d'un puissant rire.
— Olivier! grand gosse! tu veux savoir d'où je viens? tu veux savoir qui je suis? Allons! je te dirai toute ma vie, dans quelques jours, quand nous serons en route!… Mais, parlons plutôt de toi. Qu'as-tu fait de ce beau projet… la façon de gagner une fortune en vendant des journaux!
— Oh! je n'y songe plus!
— Il faut y songer! Ne laisse pas mourir ça! C'est mal de jeter un bon fruit. Si tu ne peux pas le manger toi-même, donne-le à quelqu'un.
— C'est déjà fait… Je l'ai donné à un ouvrier, arrivé d'hier : à mon bienfaiteur… Il devait graisser une locomotive, garée à l'autre bout de la ligne, mais il s'était trop saoulé, cette nuit-là… J'ai fait son travail, et c'est à cause de lui, en somme, que j'ai pu venir ici et que vous m'avez cassé le bras, quinze jours plus tard.