Cette visite du Général Felte... quel évènement dans ma vie!
J’ai simplement invité le Général Felte à déjeuner, pour causer du petit Cheftel, le cousin de Williams, et voilà que ces deux heures ont pris une importance énorme, que leur souvenir occupe tout mon esprit, que je ne songe plus à rien autre.
«Quittez-la!»
Felte a dit ces mots avec une tranquillité vraiment prodigieuse!
Quitter Clotilde!
Cela devient une obsession!... Il serait donc possible que j’en vinsse, un jour, à ne pas vivre avec Clotilde? à me sentir libre!
Se sentir libre, tout à fait! libre comme Felte! quelle volupté ce doit être!—Depuis samedi, toute autre pensée m’est indifférente.
Ces jours derniers, je songeais à mon entrée dans un asile, j’adressais une prière au spleen comme à une divinité... aujourd’hui, je songe à tout autre chose!... Je songe... à raisonner sur Clotilde...
Ecoutez...
En somme... si j’aime Clotilde, ce n’est pas seulement parce que sa chevelure est une flamme admirable, parce que ses mains sont exquises, sa chair, une création merveilleuse et que tout cela me fait oublier son esprit, cette incessante manifestation de nullité, mais aussi, parce que je suis fier de posséder une maîtresse que chacun m’envie. (Ah! si chacun savait!)