Cette journée s'achevait en fête : de souples banderoles rouge clair traînaient sous un vaste nuage blanc, au-dessus de l'horizon pourpre. Nulle brise, pas un souffle ; des grillons faisaient leur bruit coutumier, quelques lézards parcouraient les dalles en se dépêchant beaucoup ; suspendu au ciel, un grand rapace planait, qu'on eût dit immobile.
Isaac et la vieille femme s'assirent sur la margelle du puits. Rachel se pencha aussitôt pour regarder l'eau lointaine et profonde.
« Non, il est encore trop tôt, dit-elle ; attendons. »
Ils attendirent en silence, Rachel croisant encore et décroisant ses doigts nerveux, Isaac tout ébahi, d'aspect naïf, content de se sentir en sécurité auprès de cette vieille femme et derrière un si puissant rempart de pointes et d'épines.
L'heure passa, la lumière faiblit, fonça ; l'air devint mauve, l'ombre du buisson menaçant était violette. — Rachel se pencha de nouveau sur le puits.
« Voici sans doute le moment. »
D'abord elle cueillit à terre trois petits cailloux qu'elle choisit avec soin, ensuite, elle vérifia son choix minutieusement, les regardant de près, les retournant, les essuyant, les polissant, puis elle les jeta l'un après l'autre dans le puits et, chaque fois, elle compta jusqu'à sept (il semblait à l'enfant que, de très haut, les trois cailloux tombaient dans son cœur…) enfin elle prononça les paroles d'incantation :
« Par Vénus qui se plaisait à contempler son image divine en un miroir de cuivre,
« Par le trop charmant Narcisse dont les traits se doublaient dans une source claire,