« La lumière paraît dans l'eau profonde! l'eau fraîche va me parler! je vais lire dans l'eau secrète! — Ecoute! écoute bien ; surtout, n'oublie pas! »


Et ce fut vraiment comme si elle lisait dans l'eau profonde, comme si les images que l'eau fraîche lui révélait se muaient en paroles sur ses lèvres, comme si, de l'eau secrète, montait la voix de l'avenir.

Elle la transmettait en accents haletants, en phrases ténues, brisées par de longs silences. Elle se penchait sur le puits ; elle interrogeait l'eau profonde qui lui donnait des images ; elle se redressait un peu sur le coude ; elle livrait ces images à l'enfant, simplement, honnêtement ; elle n'expliquait rien : elle parlait à la façon d'un écho fidèle qui répète, qui n'invente pas. Le ton restait le même : pimpant, flûté, mais elle ne pouvait tout à fait maîtriser son émoi qui, souvent, coupait le gazouillis pur d'un sanglot.

Sans bouger, sans parler, l'haleine courte et le cœur battant, Isaac écoutait.


« C'est la nuit… d'aujourd'hui? de demain? je ne sais…

« Tu marches d'un air mécontent, la tête basse. Oui, tu portes ta tête de façon hargneuse. Tu marches sur la route ; le ciel est sans lune, tout brillant d'étoiles… Tu t'arrêtes, tu lèves les yeux, tu hésites, tu t'étonnes… Même dans cette ombre, je vois que tu t'étonnes, que tu hésites… Serais-tu incertain de ta route? déjà perdu? Je ne sais…

« Tu te remets à marcher, tu hâtes le pas. Les heures passent. Tu traverses prudemment des villages ou tu les contournes. Les heures passent. Tu te sens très las. Ton visage est désespéré. Tout de bon, t'es-tu trompé de route? je ne sais…

« Voici l'aube, l'aurore, sans joie pour toi… Le soleil monte. La fatigue t'a rompu. Tu dors dans un champ de blé… Le soleil monte… Je vois des laboureurs. Ils suivent leurs sillons ; ils chantent… Tu dors. Le soleil monte… Je vois aussi des gens qui viennent sur la route, de tout là-bas. Ils regardent à droite, à gauche. Ils parlent aux laboureurs et leur posent des questions. Ils s'approchent ; ils te découvrent ; ils te réveillent. Ce sont les serviteurs de ton père ; tu les as reconnus. Ils t'emmènent avec eux. »