CHAPITRE IV
RACHEL EN SON LOGIS
Prudemment, silencieusement, de façon furtive, Rachel suivait Isaac. Elle n'avait pu résister : il lui fallait se rendre compte elle-même de quelque chose… de quoi? Elle ne savait, au juste, mais qu'il dût se passer quelque chose, elle en était bien certaine. Elle suivit l'enfant au delà du village, jusqu'à ce mur, maintenant presque perdu dans l'ombre, où d'abord elle l'avait surpris. Elle le vit s'arrêter.
« Il cherche donc son vieux poignard… ce n'est que ça! »
Elle poussa un soupir de soulagement.
Pourtant, non, il ne se baissait pas. A terre, il ne cherchait rien du tout. Elle l'aperçut qui levait la tête, qui regardait le ciel, qui hésitait encore, qui repartait mais revenait aussitôt sur ses pas… Et puis, il s'en alla. Il avait, semblait-il, haussé les épaules. La nuit le prit tout entier.
Rachel contemplait les alentours obscurs où de grandes taches noires faisaient des trous. Plus qu'une vague traînée rousse à l'occident. Elle résolut de regagner sa maison : l'inquiétude qui travaillait son esprit se montrait si tenace, si exigeante qu'elle ne pouvait s'en détacher ni songer à rien d'autre.
« Que cherchait-il? n'était-ce vraiment que son chemin? »
Elle aussi leva les yeux vers le ciel, comme avait fait l'enfant, et tout de suite un hoquet de saisissement monta dans sa gorge… Il s'en fallut de peu qu'elle défaillît.
« Oh!… Oh!… » pleurait-elle d'une pauvre voix étranglée.
On lui serrait le cou! Assurément, une main invisible lui serrait le cou!… Son regard restait fixé vers ce point du ciel qui l'émouvait tant, un point très bas sur l'horizon. Son cœur battait fort, oh! si fort! secouant sa vieille poitrine ; une douleur atroce lui barrait le front, lui trouait les tempes, la tenaillait. De la tête aux pieds, elle tremblait ; elle vibrait plutôt, tendue sous un vent d'épouvante. — Alors, sentant qu'elle allait tomber, elle tenta un suprême effort.