C’était évidemment de la littérature (je n’en juge pas la qualité). Si mon ami s’en fût rendu compte, je l’eusse à coup sûr interrompu, mais il parlait comme si je n’étais pas là. Sa tête, portée par un long cou et déplumée, eût-on dit, tant ses cheveux paraissaient peu, tournait lentement de droite et de gauche, tandis qu’il clignotait à la façon d’un homme qui veut remettre en lumière une image devenue imprécise.

Néanmoins, ce flux romantique m’agaçait.

« Tu as oublié, dis-je, une plume d’oiseau de paradis qu’elle porte dans sa coiffure et qui balance, lourde du bout.

— O Serval ! répliqua-t-il, pardon ! »

Je m’attendais à une injure, mais cela, je ne comprenais plus.

Il murmura difficilement :

« Oui, tu as raison… la plume d’oiseau de paradis… qui balance… lourde du bout… Comment savoir au juste sa couleur ? »

Maintenant il rêvait. — Plaçait-il cette plume décorative dans les boucles noires ? Non, il dériva et, soudain :

« As-tu vu des gerboises ? s’écria-t-il ; on en trouve chez nous. Ce sont des bêtes délicieuses, de mignonnes petites choses aux pattes minces… et quel regard ! Ah ! mon vieux Serval ! j’aurais voulu lui donner des fleurs de serre, des perles, un chien minuscule et frisé, un négrillon… »

Tout de même, il fallut mettre à l’écurie des chevaux qui rentraient du terrain de manœuvres, et cela dura quelque temps, mais la conversation reprit, une heure plus tard, dans cette même chambrée un peu moins malodorante que la cantine.