Industrieuse main n’est pas mal ! J’aime ce souvenir de la récente brassière.
« On dirait que ta mère transforme tout autour d’elle. Maintenant, nous vivons dans un rêve, de l’autre côté d’un grand miroir ; nous l’avons traversé. Tu seras princesse, mignonne ; je t’apprendrai comment on s’y prend, je t’apprendrai à te bien tenir, je réglerai les fastes de ta cour, mais, pour l’instant, dors, petite, ne pense pas à l’Oiseau bleu ! dors en paix, la vie est assez belle ainsi, suave et si tendre, n’est-ce pas ? Ecoute l’horloge, elle nous dispense notre bonheur, goutte à goutte… »
L’image n’est pas très neuve, il me semble, ni très sûre…
« Vivons le bonheur quotidien que les pauvres hommes perdus dans le bruit des villes ne connaissent pas ; n’en demandons jamais davantage. Dors, mignonne, et moi, je te bercerai. »
J’allais encore faire une critique, mais à quoi bon, puisque je suis ému ? car me voilà dans ce rêve où Cigogne, par son discours murmuré bas, m’avait invité, où j’ai glissé sans presque m’en rendre compte… oui, le fond du miroir… je suis au fond du miroir… Pourquoi me moquer de Cigogne quand je devrais lui rendre grâce ?
Soudain la porte s’ouvre, pour tout de bon, cette fois, et Mme Dietrich entre à grand bruit, venant d’Ecklingen, un parapluie à la main, un fichu de laine sur les cheveux. Marguerite se réveille en sursaut, elle regarde sa mère d’un air épouvanté, elle agite ses bras, sa figure rose se bouffit, elle pleure. Ah ! je puis dire que Marguerite pleure bien ! La mère accourt. Quel pas solide ! quelle assurance ! Elle prend la poupée dans son berceau, sans formalités (Cigogne penserait : sans tendresse !) elle la secoue. Marguerite beugle. Que de voix dans un si petit corps ! Mais Mme Dietrich ne s’émeut pas pour si peu.
« Mes bons messieurs ! passez dans la cuisine, l’enfant va faire trop de bruit. »
Le beau palais de songes est par terre.
Dressé, les bras ballants, une jambe repliée, Cigogne regarde le berceau vide avec l’expression de Perrette après la chute du pot au lait.