CHAPITRE IV

J’ai, pour Cigogne, beaucoup d’affection. A vrai dire, si je fais le compte des jours, elle ne date pas de loin, mais ces jours furent vécus de façon si complète, si puissante, parfois, qu’il me semble avoir connu Cigogne depuis l’enfance.

Je le vis pour la première fois dans la cour du dépôt, tout au début de la guerre. L’étrille en main, je raclais les fesses de ma jument quand il passa devant les écuries.

« Faites attention ! me dit-il, Ranavalo est chatouilleuse. »

Je me retournai et, l’apercevant, j’éclatai de rire.

« Mon ami, poursuivit-il, je vous dis ça sans mauvaise intention. J’ai encore la cuisse gauche un peu sensible en souvenir d’un coup de pied de Ranavalo… D’ailleurs, elle a des qualités, mais, je vous le répète, elle est chatouilleuse et, parfois, elle tire au renard. »

Notre conversation s’acheva sur le remerciement que je lui fis. Peu après, nous nous retrouvions devant une table de la cantine.

« Pourquoi, demanda-t-il, vous êtes-vous tordu en me voyant ?

— Je ne sais trop ! pardon ! mais, tout de même, tu sais, tu as une tête pas ordinaire !

— Tu parles sans doute de ma gueule ?