Il venait de les prendre à la cuisine. Gravement, il en alluma une et la glissa sous le bûcher. Puis il recula de deux pas pour considérer la chose.
A cet instant, Pascal, le valet de chambre, arriva en courant.
« Gaétan, dit-il, Monsieur vous demande tout de suite à la villa.
— Oui, dit Gaétan, c’est à propos de la corbeille de géraniums, pour sûr. Tant pis, monsieur Jacquot, je vous laisse seul. Surveillez bien le feu ! Je reviendrai. »
La surveillance était facile. Il n’y avait que des pierres à cet endroit. Jacquot s’assit sur un banc et regarda fumer les branches.
L’air était lourd, ce matin-là, plus lourd, semblait-il, sous ce ciel gris. Il pleuvrait peut-être avant le soir. La fumée montait, tout droit, en une épaisse colonne bleuâtre ; plus haut, elle s’effilochait sous un courant d’air. Bientôt, quelques flammes parurent, courbes, aiguës, très jaunes. Jacquot allait s’amuser : il aimait les flammes, leurs jeux, leurs couleurs ; il aimait les belles braises qui rougeoient et, lentement, s’étouffent dans la cendre. Mais, bientôt, le spectacle fut gâté : une des bourses de soie ayant crevé, ce fut, quelques instants, une trop visible grillade de chenilles. Jacquot se plaisait mal à ces contorsions. Une autre bourse s’ouvrit ; une autre encore. Non ! c’était dégoûtant, c’était sale. Il regrettait d’être venu. Il détourna la tête. Pourquoi donc avait-il mis le feu lui-même ? Pourquoi faire souffrir ? Puisqu’il fallait détruire ces bêtes, il eût préféré n’avoir point du tout participé à leur supplice. Mais que la fumée était donc jolie.
Gaétan revenait en boitillant.
« Je m’en vais encore, monsieur Jacquot. Monsieur m’envoie en ville acheter des rosiers. Je vous laisse. Eh bien ! ça a été drôle ?
— Les pauvres bêtes ! dit Jacquot en souriant.
— Oh ! il ne faut pas dire ça ! monsieur Jacquot, c’est comme qui dirait de la vermine, et la vermine, voyez-vous ! Et puis, quand ça passe sur les mains, ah ! Bonne Mère ! ça laisse des démangeaisons. Les maladies qui s’attrapent, vous savez bien, c’est tout pareil à ces saletés. Quand un pin les a, tout le bois les prend ! Au revoir, monsieur Jacquot ! Je jetterai les cendres, ce soir, quand ça sera froid. »