L’ENFANT QUI PRIT PEUR
Je voudrais dire, ici, la vie d’un enfant. Je l’ai entendu rire et pleurer, j’ai vu ses jeux et ses courtes peines, rien que ses courtes peines ; je croyais bien le connaître, mais de ce qu’il souffrit en secret, je ne sus me rendre compte et de cela je garde le plus cuisant remords.
Voulant conter cette histoire, je m’étais mis en scène, comme pour témoigner personnellement d’un drame obscur ; bientôt, hélas ! je découvris mon erreur : si proche que j’eusse vécu de ce roman, je n’y avais que faire, n’en ayant rien deviné.
J’étais le comparse inutile, le comédien de rebut, celui qui, la pièce jouée, va souffler les chandelles. D’autres, à mes côtés, eurent un soupçon, furent inquiets, — moi, je vivais allégrement et, lorsque je compris enfin, il était trop tard.
J’efface donc mon rôle : quelques gestes, quelques répliques, peu de chose. La suppression ne se voit guère. Si j’écris ces lignes, c’est pour que l’on sache bien que cette histoire est vraie, d’un enfant qui souffrit, qui prit peur et courut au-devant de la mort parce que la vie l’épouvantait.
I
Une mouche tournoya longuement dans le rayon de soleil qui tombait sur le tapis rouge de la chambre, fit, en bourdonnant, un crochet dans l’ombre d’un paravent, alla se baigner encore au sein de la poussière solaire pour se poser enfin sur la table de chêne où, dans un vase de terre grise, fleurissait une anémone.
L’enfant suivait ce manège d’un œil charmé. Il aimait les mouches, elles lui tenaient compagnie. Leur vol affairé le séduisait et leur chant continuel lui faisait plaisir. Il se souleva un peu dans son lit pour voir ce que celle-là était devenue, mais, bientôt, son attention fut requise par la belle anémone mauve, largement épanouie dans le vase de terre. Puis, son regard glissa vers la fenêtre.
Une branche de pin, toute noire, barrait le ciel bleu. Sauf cette branche de pin, fourchue, chargée d’aiguilles et de pommes et qui portait aussi un nid de chenilles fait en fils de soie blanchâtres, on ne voyait que l’air bleu, d’un bleu dur de plein jour.
L’enfant se souleva encore. Il voulait s’asseoir dans son lit : là-bas, il y avait la mer avec ses vagues, ses bateaux, les voiles blanches, les voiles rouges, les mouettes, mais il eut beau se hausser, il ne voyait toujours que le ciel bleu. Il n’était pas assez grand. Alors il se laissa retomber dans le lit, se sentant, brusquement, très las. Il ne bougerait plus ; il serait sage. Pour mieux rêver, il ferma les yeux.