« Écoute-moi, Hélène, cet homme a raison. Il nous a expliqué, le plus poliment du monde, que Jacquot souffrait des scènes continuelles dont il est le témoin. Je pense que Salvert voit juste et qu’il dit vrai. Ma chère Hélène, nous donnons un spectacle lamentable ! »

Il semblait souffrir. Le ton de ses paroles était triste, découragé. Il y passait comme une prière.

« Nous en arrivons à des querelles absurdes, reprit-il. Voyons, Hélène, cela n’a pas toujours été ainsi ! rappelle-toi !… Et puis, enfin, Jacquot souffre ! »

Elle n’avait pas dit un mot. Elle ne l’avait pas regardé. Elle maniait nerveusement un coupe-papier sur la table.

M. Laurenty continua :

« Oui, je l’avoue, je suis impatient ; j’ai des violences de brute, parfois ; mais, toi, n’as-tu rien à te reprocher, Hélène ? Recueillons-nous, un instant. Vois-tu, la vie… la vie s’est emparée de nous et nous vivons… sans faire attention. Depuis que nous sommes désunis, la maison est un enfer ; nous n’y prenons pas garde. On pense : « Ça ira comme ça pourra ! » et puis voilà Salvert qui arrive, un jour, et, comme il aime bien Jacquot et que c’est un honnête homme, il nous dit, (oh ! très prudemment et avec retenue, mais, tout de même, il nous dit) : « Attention ! l’enfant souffre ! » Voyons, Hélène, voyons ! ne pourrions-nous pas ?… »

Mme Laurenty regarda son mari. Il y avait de l’effroi dans ses yeux. Brusquement, elle éclata en sanglots.

M. Laurenty, s’approchant de son fauteuil, se pencha sur elle et lui prit les épaules d’un geste affectueux.

« Hélène ! »

Sa voix tremblait. Il ne trouvait plus de paroles.