— Il n’avait pas d’excuses à me faire : le silence suffisait.

— Eh ! vous l’avez vite obtenu !

— Mais si j’entends encore quelqu’un parler sur ce ton, je promets à celui qui…

— Ne vous échauffez donc pas, Salvert ! c’est vraiment superflu ! Allons voir, en haut, la fin de la partie. »

Quelques instants plus tard, un officier de marine se leva de la table de baccara où il venait d’offrir la « suite » de sa banque, et, prenant Salvert par le bras, l’entraîna dans la salle de lecture toute voisine.

« Oui, j’étais là, mais, maintenant l’incident est clos. Vous avez mouché l’individu, un peu vertement d’ailleurs ; c’est fini ; causons. Écoutez ! le cas n’est guère défendable. Vous entendez souvent parler des Laurenty sur un ton… léger ; que voulez-vous ! ils ont été trop imprudents ; alors, si l’on jase… Enfin, je n’en dirai pas plus long ! Salvert, rappelez-vous seulement que nous vous attendons dimanche à déjeuner au Charlemagne. A bientôt, mon ami. »

Cette scène avait eu lieu, la veille, au cercle de Toulon où Salvert allait parfois rejoindre quelques amis, officiers de marine ou d’artillerie, qu’il savait y rencontrer, le soir.

Un passant, étranger au cercle et qui semblait de fort belle humeur, après un dîner copieux, s’étant permis, devant Salvert, des propos de forme déplaisante touchant les Laurenty, fut repris par le jeune homme sur un ton des plus acides. En réponse, il ne sut que bredouiller.

Salvert ne songeait plus à l’incident, quand, le lendemain, il arrivait à la villa Mireille.

Le très excellent effet de l’aéroplane durait encore, et Jacquot travaillait double afin que, la leçon finie, M. Salvert l’accompagnât jusqu’au pré des Pêcheurs pour assurer le vol de l’oiseau. La frêle machine buterait si facilement contre un mur ! Et quel désastre si, dépassant la route, elle allait se perdre en mer.