Nous l'attendons depuis si longtemps! Depuis si longtemps tu restes assise sur ta chaise, les mains sagement occupées par un travail de tapisserie! Parfois, tu me regardes avec affection. De ce regard, je te remercie par un battement des paupières. Alors, tranquilles et presque heureux, nous soupirons, l'un et l'autre, en attendant l'amour.

Tu fus très douce, durant tout ce temps que j'écrivais mon gros livre. Je m'interrompais, au milieu d'un paragraphe, pour te contempler, avec cette expression quémandeuse que l'on trouve sur la face des chiens battus et de certains pauvres qui ont vraiment très faim. Souvent, tu me récompensais de ma prière par un baiser, et c'est ainsi que nous avons traversé une partie de notre vie, en attendant l'amour.

Ce soir, ce sera comme chaque soir. Au dehors, il y a la neige tombée, peu d'étoiles, mais une belle lune ronde. Sans le dire, nous envierons les amants qui regardent cet astre pâle avec une exaltation qui les secoue tout entiers. Nous soupirerons encore un peu. Nous nous témoignerons une amicale tendresse en nous serrant les mains.

Puis, quand la pendule sonnera une heure tardive, nous nous lèverons et nous échangerons un baiser avant d'aller dormir.

Oui, ce sera ainsi, comme hier, comme avant-hier, comme depuis le jour déjà lointain où nous avons commencé d'attendre l'amour.

Et, demain, ce sera de même, et...

Chut!... Qui frappe à la porte? Nous n'attendons personne!...

Ouvre vite, mon amie! Ouvre vite!...

C'est Lui!