Aussitôt, un voile mauve se forme dans le cristal, pareil à ceux qui se lèvent sur les prairies, vers la première visite du jour. Peu à peu, le voile se dissipe et, dans la pierre limpide, le magicien voit une merveilleuse figure de jeune fille, presque d'enfant, qui lui sourit, mais des yeux seuls, car la bouche est mélancolique.
Il abaisse son regard. La gorge et le cou sont amples, un peu forts, peut-être. Le magicien sent son cœur battre selon un rythme plus fréquent; ses poumons s'ouvrent à l'air, son front s'allège.
Il considère les seins de l'apparition: c'est une poitrine honorable de femme mûre ou qui aurait beaucoup aimé. Le ventre est enlaidi par une graisse malsaine: ventre triste, ventre fatigué, ventre répréhensible... mais c'est peu de chose encore et le vieux magicien ne peut s'empêcher de frémir en voyant les cuisses de cette femme.
Hélas! elles sont plissées de mille plis et vont s'amincissant jusqu'à un genou tout à fait pointu où la rotule roule comme un galet de plage...
Haletant, le magicien a froid de nouveau, et, quand les mollets lui apparaissent, il ne doute plus de sa défaite. Il n'y a là que des os, où quelques pauvres tendons s'accrochent avec peine,—et les pieds sont parfaitement décharnés.
Soudain, la femme évoquée s'échappe de son cristal et se met à courir dans la chambre, sur la pointe de ses osselets, en agitant de façon folâtre sa chevelure d'enfant blonde. Elle saisit le chat par la peau du cou, étrangle Anaxagore, écrase le griffon, avale le serpent, et reprend sa danse, en criant, d'une voix puérile:
«Je suis jeune! je suis jeune! j'ai seize ans!»
Puis elle disparaît par la cheminée, et le vieux magicien, se sentant tout à fait las de vivre, crache dans les cendres et se couche devant l'âtre, pour mourir.