Quand est venu le soir, je me suis couché dans l'herbe du bord de l'eau et, sous la garde des grands arbres, j'ai respiré le savoureux parfum de l'heure, de l'heure tardive que baignait la lune.
En me penchant un peu, je pouvais admirer l'eau courante, tout de même qu'en levant un peu la tête, je pouvais sentir l'air mobile qui passe sous les frondaisons.—Cela formait deux frais ruisseaux, deux ruisseaux délicieux et paisibles, de même rythme et de cours égal, qui traversaient l'été.
L'air migrateur et l'eau qui fuit suivaient la même route, entre les bords faits d'herbes ou de feuilles, et l'un comme l'autre chantait, à mi-voix, une chanson mollement continuelle, et tous deux portaient des messages.
Car tous deux portaient des messages. L'eau courante portait des brins de paille, des insectes bleus, des pétales de fleurs,—l'air mobile, d'impalpables duvets.—Certains messages s'arrêtaient en route; une herbe entravait les brins de paille, une branche arrêtait les duvets et, parfois, les insectes bleus se noyaient dans un tourbillon. Mais certains autres suivaient l'onde et la brise, heureusement, comme de sûrs messages.
Vers qui donc allaient-ils?
A travers les frondaisons qui filtrent l'air, contre les cailloux qui coupent l'eau, ces pétales et ces duvets, ces insectes bleus et ces brins de paille, vers qui donc allaient-ils?...
Et, malgré l'ombre de la nuit, je me suis levé pour commencer de chercher, sur la vaste terre, l'enfant silencieuse à qui ce certain inconnu, dont je suis vaguement jaloux, envoyait des messages d'amour.