Les deux enfants attendent, l'un regardant le ciel, l'autre sa cigarette. Soudain, l'aîné se dresse et raconte une histoire: ses yeux brillent, ses bras, ses mains, ses pieds même, décrivent la belle princesse accompagnée de deux nègres, l'effrit répréhensible et l'eunuque malfaisant... et le plus jeune rit aux éclats, frémit, s'exalte ou bien s'épouvante et tremble... Mais ils ont oublié de cacher leur faute, et chacun d'eux agite sa cigarette, imprudemment.

C'est alors que le vieux berger survenu se hâte, boiteux et borgne, et les invective... Les gamins sont debout, et l'on ne voit bientôt plus, sur le sable, hors d'atteinte, que quatre jambes nues, gambadantes, surmontées d'un peu d'étoffe.

Tougourt.


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PAROLES DE FANCHON

Il m'a pris les seins; il a baisé ma bouche, puis, il m'a laissée là.—Je me suis couchée pour l'attendre. Il n'aura même pas à faire plier mes reins.—Pour hâter l'heure, je songe, froide et chaude, heureuse et inquiète,—divisée.

Le soleil me caresse, car il est mon ami; l'ombre me caresse, car elle est mon amie. L'air danse sur toute la plaine; les moissonneurs s'en vont à leur collation.—Moi, je reste étendue, les jambes au soleil, la tête dans l'ombre, et je me brûle, et je me glace, et je songe à Zéphyrin.

Il reviendra, dans une heure, mâchonnant encore son pain trempé. Ah! comme je saurai sourire quand il reviendra!... et je cacherai mon regard avec mes mains, et je ferai semblant de dormir, tandis que le jour, autour de moi, continuera sa danse et que les oiseaux, un instant, se tairont.