Ce n'est plus simplement une mandoliniste. Efforçons-nous de voir en elle une muse pour le commun, et, quand viendra l'heure de la quête, donnez-lui dix centimes,—elle vous sourira.

Oran.


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UN MONTICELLI

Le parc est éclairé par une lanterne ronde, couleur de miel, pendue à l'horizon, tout au fond d'une allée.—Des princesses, vêtues d'étoffes d'or, se promènent au bras de cavaliers à manteaux rouges. Deux par deux, ils errent sous le feuillage et leurs atours se fondent dans un vague chatoiement quand ils sont pris par l'ombre.—Deux cygnes nagent, côte à côte, sans troubler l'eau bleue. On dirait que, par un caprice singulier, la brise penche les jets d'eau l'un vers l'autre. Des biches, un peu effarouchées, se rassemblent sous un chêne, et des paons font la roue avec un air de provocation. Une large coulée de sang tache le rebord d'un bassin. Deux nègres haussent des flambeaux. Un fichu de dentelle, un petit masque noir et une épée traînent sur un banc de pierre. On entend passer de tendres paroles, des serments, des soupirs, des baisers et des babillages, tandis qu'un petit Eros, tout nu, accoté au fût d'une colonne et n'ayant rien à faire dans ce parc où règne déjà l'amour, tire vers le ciel sombre ses flèches inutiles.


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