Et je vis celui-là.

Et je vis enfin Pierrot qui fermait le cortège et souriait tristement, candide, comme à son ordinaire, par l'expression et par l'habit.

Alors, n'y pouvant plus tenir, je me penchai hors de la lucarne et j'appelai Pierrot, par trois fois:

«Pierrot!... Pierrot!... Pierrot!...» d'une voix très douce.

Il se retourna, me reconnut et, sur le ton le plus simple:

«C'est vous, mon ami? dit-il. Je pense que vous désirez savoir où nous allons en si bel appareil? Ne le confiez à personne! c'est un secret... Notre temps est fini. Nous nous rendons à l'hôpital. On affirme que c'est, au bout du monde, une grande bâtisse blanche sur le bord de la mer, très loin d'ici. On y respire la senteur des pins; on y peut suivre le développement des nuages. Les brises nous apporteront du large la voix des sirènes. Mais je pense qu'il faudra marcher longtemps avant d'arriver à ce bout du monde, marcher longtemps et se reposer peu.—Au revoir, mon ami! Les premières lueurs de l'aube ne tarderont guère. Je vais souffler ma lanterne.—Au revoir! ou plutôt, adieu!»

Il essuya une larme.

Bientôt, on ne les vit plus, ni lui ni ses compagnons d'infortune.

Quelques instants, je crus percevoir encore les cris du perroquet de la marquise, puis ce fut le silence, le silence pur.

Les trois corneilles étaient rentrées dans leur noyer; les cyprès qui bordent la route semblaient de plus en plus funèbres; il flottait dans l'air un peu de poussière odorante; le petit lac n'avait plus de lune en ses profondeurs et la lune du ciel rougissait l'horizon.