Quelle offrande accepterez-vous de moi, précieuse dame que je courtise, quel symbole de ma fidèle flamme, quel truchement de mon amour?...

J'ai si peur d'un refus!

... Pour l'instant, je vous supplie d'agréer ce pauvre baiser de ma bouche, ou bien, entre tous mes regards, le plus doux—et cette révérence profonde.


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CLITANDRE

Clitandre est un homme, si l'on veut, mais il a les qualités de certaines bêtes et leurs vices; il les a même si fort, la bête est, en lui, tellement à fleur de peau, son âme féline est si évidente, que l'on oublie de voir l'homme pour voir d'abord, pour admirer, pour craindre la bête, la bête souple, indifférente, bien élevée, subtile, capricieuse: le chat.—Clitandre est un chat. Clitandre n'est qu'un chat.—Vous savez déjà qu'il a l'œil vert.

Clitandre ne sait pas serrer la main qu'on lui tend. Il caresse ou bien il griffe et, ce faisant, l'on dirait qu'il pense à autre chose. Sa main vous échappe. Les hommes, les vrais, craignent cela; les femmes l'aiment, car la caresse ou le coup de griffe promettent également le baiser. Elles regardent Clitandre avec une affection où il y a toujours un peu de crainte. Elles disent qu'il est «séduisant». Alors, elles ont tout dit. Elles se souviennent de Clitandre. Le soir, elles songent à lui et, dans cette songerie, il y a déjà de l'adultère.

Cet homme-chat n'a point ce qu'on nomme une moustache de chat. Blonde, elle suit les sinuosités de la lèvre, elle sourit avec le sourire et s'attriste aux instants de mélancolie. Clitandre a les cheveux souples. Clitandre a le teint clair, de vives couleurs, une mâchoire forte, le cou un peu long. L'ensemble de sa figure est mince, ou, du moins, le paraît. Quand il marche, il ne presse guère la laine des tapis. A chaque pas, il se pose, avec délicatesse. Bien qu'il soit gourmand, Clitandre ne mange que du bout des lèvres et du bout des doigts. Il regarde souvent ses mains qui sont presque trop soignées... et je songe encore au chat qui se lèche les pattes.