Je m'en vais, clopin-clopant....
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LE PASSÉ
Grasse, pâteuse, déformée, elle entre en scène avec assurance et, tout aussitôt, le bruit des cuivres annonciateurs est noyé dans le plus grand fracas des mains qui battent.
Elle est vêtue de soie rose; elle montre des bras excessifs, des seins qui tremblent. On dirait la caissière d'un café de province, en robe de bal.
Jamais elle n'a su chanter, jamais un geste spirituel n'excusa les défaillances de sa voix. Elle chante sottement, sans grâce, sans vigueur. Elle chante ainsi depuis vingt-cinq ans.
A la fin de chaque couplet, elle sourit avec une bouche détruite et le public applaudit toujours. Il ne se lasse pas de l'entendre, de la voir. Il ne veut pas qu'elle s'en aille.
Elle vient saluer, une dernière fois, et, des fauteuils aux galeries, chacun l'acclame d'assourdissante façon.