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LE PRIX DE LA JEUNESSE

La grande précaution est de ne jamais renoncer au rêve que l'on fit à vingt ans.

Si le roi de Chine t'offre ses plus beaux trésors, donne en échange ton sang, mais ne lui donne pas ce rêve-là.

Si la reine de Saba t'offre son baiser, donne en échange ta raison, mais ne lui donne pas ce rêve-là.

Malgré les orages et la boue qui les suivit, malgré nos frères les hommes, malgré l'horreur des cauchemars et l'ennui des veilles, il faut garder toujours vivant cet ancien rêve, le visiter chaque matin, le réconforter, lui parler avec douceur, lui parler encore avant de s'endormir et, quelquefois, s'interrompre de vivre pour le surprendre à l'improviste.

La jeunesse qui nous fait mourir, un sourire sur les lèvres, un immortel espoir au fond des yeux, la jeunesse que ne sauraient toucher les heures ni les larmes, la vraie jeunesse est à ce prix.

Les dieux eux-mêmes ne meurent que d'avoir renoncé à leur premier rêve.