Ici, l'on s'amuse. Chacun le dit. Il faut le croire. Moi-même, en ce lieu qui est presque un mauvais lieu, j'ai parfois trouvé de l'agrément.

Sur les banquettes, ces dames sont éparpillées comme, sur une litière de paille, des nèfles véreuses. Elles achèvent de pourrir afin d'être tout à fait comestibles.

Des jeunes gens les regardent et pensent à autre chose.—Ils sont glabres et rubiconds, ou bien pâles, avec une moustache malheureuse, mais tous portent, en place de tunique bien drapée, un vêtement strict, frotté de suie et dont le plastron, les manchettes et le col sont crayeux.—Ils ne s'amusent pas plus que moi, je pense.—En vérité, ils s'ennuient. Ils s'ennuient honteusement et cachent cette honte dans de grands verres où leur nez s'abîme.—Une odeur fade s'exhale des tables servies; poudre de riz, sauces, vieilles dentelles.—C'est l'encens de cette pauvre idole que l'on nomme: l'apparence du plaisir.

Autour de moi, les glaces reflètent, suivant leur coutume, les objets qui les confrontent.—Cela est cruel, car je ne puis m'échapper de ce spectacle, et, partout, partout, je vois, accoudés sur les nappes, ces pierrots blancs et noirs, en compagnie de ces femmes véreuses, qui s'abreuvent et tourmentent avec des fourchettes leur pâtée de la nuit.

Si cela continue, je vais m'enivrer.

Dans un coin, des tziganes célèbrent avec frénésie la déchéance de leur race, par des airs lugubres où le violon piaille, le cymbalum résonne, puis ils saluent, d'un air domestique et bas, afin de recueillir un encouragement, un encouragement monnayé, puis ils recommencent.

... Et moi, me sentant de plus en plus triste, je murmure, caché derrière une bouteille de champagne, ces vers de Heine où un sapin des forêts du Hartz songe à une palme d'Orient.

Maxim.