Jacques se tut, le front dans les mains, puis, regardant encore le Christ, il murmura d'une voix douce :

« Seigneur, vous êtes mort pour nous ; mon Dieu, ayez pitié de moi! »

Il se signa, se releva et rentra dans son bureau.

CHAPITRE XII
SUR LE TROTTOIR

Ni l'un ni l'autre n'avait, ce soir-là, envie de s'enfermer dans un café-concert, moins encore dans une de ces salles bourdonnantes où l'on boit du champagne. La nuit leur parut belle ; sa fraîcheur convenait à une promenade un peu longue, rapide, sans but précis. Par ailleurs, marcher dans l'ombre n'est pas pour déplaire : on cause bien, et Jacques se rappelait de très chères discussions avec Gautier, durant lesquelles ils avaient parcouru le bois de Boulogne jusqu'à des heures indues.

Ils gagnèrent le parc de la Muette, bruissant mais tranquille, tendrement aéré par de petits souffles imprévus de la brise, et très désert.

« Jadis, sous ces feuillages, disait Jacques, nous avons échangé d'inoubliables paroles ; ce marronnier en a sûrement conservé la mémoire. Nous étions plus jeunes, plus intempérants, plus naïfs, mais quelle ferveur!… Ah! Gautier! la frange de ce gazon nous entendit parler de Nietzsche, ce banc s'offrit à nous au milieu d'un dialogue sur Baudelaire ou Rimbaud et ce tournant de route connut les instants où le roi Wagner se vit forcé de faire une place sur son trône au prétendant Debussy… Les belles heures que nous vivions là!

— Nous en vivrons d'autres aussi belles, mon ami : notre cœur bat toujours!

— Et ce soir… oui, c'est presque comme avant!

— Je te demanderai seulement, dit Gautier, la permission de passer chez moi, vers minuit. Valérie est malade, je suis un peu inquiet de cette bronchite aiguë.