« Venez vous asseoir, un instant, près de moi, sur ce banc ; je ne vous ferai pas de mal, je vous assure. »

Elle s'approcha, craintive, et s'assit enfin. Puis elle dit en paroles pressées :

« Je ne t'avais pas vu. Je serai bien gentille, tu sais, mon loup!

— Non, dit Jacques, il ne s'agit pas de cela. Ecoute un peu. Je te surveille depuis vingt minutes : eh bien! tu es très maladroite. Tu n'as pas réussi une seule fois, ni avec cet homme en veston noir, tout à l'heure, ni avec le vieux monsieur, ni avec l'autre, le petit, ni avec ce gros cochon qui t'a presque donné un coup de poing. C'est que tu ne sais pas t'y prendre et, si tu continues, ce sera toujours la même chose. Je vais t'expliquer ce qu'il faut faire. »

Elle le regardait d'un air effrayé ; sa tête inquiète ne cessait de bouger. Elle ne répondit pas, d'abord, tâchant de saisir le sens de la mauvaise plaisanterie que lui préparait cet inconnu. A peine assise, posée à peine, sur le banc, elle restait toute prête à s'évader. Elle toucha le bras de Jacques avec prudence, et retira sa main aussitôt.

« Mais, ma petite, comment te rassurer? disait Damien. Je ne t'embêterai pas, je ne te ferai pas de blagues, je te veux du bien. Est-ce que tu fumes? Tiens, voilà une cigarette.

— Oh! non, merci, dit-elle, ça me donne mal à l'estomac.

— Alors, reste tranquille, calme-toi ; tu es sous ma protection. Nous allons causer un peu, puis on ira manger des gâteaux et boire du chocolat, près d'ici, chez un boulanger qui reste ouvert jusqu'au matin. »

Elle eut, pour répondre, un accent de fillette ravie.

« Du chocolat… Oh! volontiers! c'est bon!