« En somme, elle est laide, mais n'importe… »

Il considéra le plafond où se projetait un reflet de forme bizarre, il considéra les cadres, l'armoire brune et le rectangle de la glace profonde, deux vases de Chine sur leurs étagères, une mouche qui faisait l'importante et bourdonnait ; puis ses yeux se reposèrent de nouveau tout près de lui.

« … N'importe, car sa figure est douce, très douce. C'est beau, une bouche paisible. »

Il se rappela celle de Juliette, maussade aux heures de sommeil.

« Cette enfant doit savoir consoler un homme qui souffre, un paysan qui souffre. Les mots lui viendraient tout de suite : ceux-là qui conviennent, qui font du bien. Si je lui demandais de me consoler, moi, elle s'y prendrait mal, peut-être, elle ne saurait pas, mais seulement parce que les paroles qu'il faut me dire ne sont pas de son vocabulaire, ni leur emploi spécial de sa nature. J'ai besoin d'ironie dans la consolation. »

Il s'interrogea :

« En es-tu certain?… Elle a des bras souples et forts dont l'étreinte vaut mieux qu'une phrase. Quand je les sentais autour de mon cou, je ne songeais guère à la faire parler! je ne songeais même à rien qu'à mon très rare plaisir. Ah! que je me trouvais à l'aise, et tranquille, et content! Elle ne bavardait pas, elle murmurait de temps en temps, des mots sans forme. Dommage qu'elle soit laide! »

Il la détaillait du regard, soigneusement, sans émotion. Le nez était un peu écrasé, un peu vulgaire, le teint taché de rousseur.

« Je connais les yeux, se disait-il, et la bouche est expressive. Je l'aime mieux au repos, cette bouche. Trop grande, oui, certainement, mais, plus petite, elle amaigrirait le bas du visage… Le hâle des joues et ces taches passeraient sans doute avec quelqu'une des drogues dont Juliette se frottait le museau… Je voudrais revoir ses yeux ; ils sont bruns avec, je crois, de petits points jaunes. »

Il songeait aussi à ce corps mince qui, mal nourri, pourtant, gardait une saine vigueur.