—J'obéis à la recommandation de votre mère, répondit Crillon qui frappa de sa houssine le cheval d'Espérance et le lança ainsi par le chemin.

Le jeune homme rendit les rênes et partit comme un trait; mais si rapide que fût sa course, si bruyante que fût la brise qui sifflait à ses oreilles, il entendit encore une fois la voix déjà éloignée de Crillon qui lui répétait:

—Harnibieu! n'épousez-pas!

Crillon regarda Espérance tant qu'il put le voir, et se retourna ensuite vers la forêt.

Le galop qu'il avait entendu retentissait toujours; il s'approchait, et le chevalier finit par apercevoir dans l'ombre quelque chose qui traversait les taillis à cent pas, écrasant, cassant et foulant avec autant de bruit qu'en eût fait une troupe.

—Ce n'est pus un cerf qui passe. C'est bien un cheval, il me semble. Que diable cet animal fait-il dans le fourré, pensa Crillon? Est-il sans maître?

Le cheval disparut laissant Crillon dans la perplexité.

—J'irai décidément, se dit-il, jusqu'au cabaret, c'est là que mon
Dauphinois a pris racine.

Tout à coup le cheval reparut, il piaffait dans les fougères avec une joie et une aisance qui n'appartiennent qu'aux êtres libres.

L'animal était d'un gris-blanc. Il se mit à grignoter des branches de chêne, tout en se rapprochant du chevalier.