Au lieu de répondre, l'Espagnol appuya mystérieusement un doigt sur ses lèvres.

Le désespoir de M. d'Entragues, au milieu de cette agitation, était un spectacle bien pitoyable. Que penserait la Ligue de la visite chez lui d'un royaliste aussi suspect? Et cela, quand il sortait de dire à Castil que M. d'Auvergne ne venait jamais à Ormesson! Brissac partait, scandalisé sans doute. Castil fronçait le sourcil. Quel désastre!

D'Entragues courut après les deux ligueurs pour leur faire mille protestations de son innocence. Il s'abaissa jusqu'à jurer à l'hidalgo que la visite de M. d'Auvergne était tout à fait imprévue.

—N'importe, dit Brissac, je ne puis me trouver avec lui sans inconvenance. Il vient d'entrer dans le parterre; prenons une contre allée, don José, pour qu'il soit dit que lui et moi nous ne nous sommes pas même salués. Vous êtes témoin, don José.

—Certes! répliqua celui-ci.

Brissac pria d'Entragues d'offrir ses excuses aux dames qui comprendraient cette brusque retraite, et après l'avoir salué en affectant beaucoup de froideur, il le laissa désolé.

Castil alors dit à Brissac qui l'entraînait:

—Nous ne sommes pas dupes de cet imprévu, n'est-ce pas, et tandis que vous protesterez par votre départ, je resterai, moi, pour qu'on ne nous joue pas.

—Quoi! vous me laissez seul, dit Brissac avec les plus affectueux serrements de main; mais c'est vous qui allez vous compromettre. Par grâce, venez.

—Moi, je ne risque rien, dit l'hidalgo, plus que jamais persuadé qu'il allait découvrir toute une conspiration royaliste.