—Le roi de Navarre a bon goût, dit Marie Touchet.
—Le roi, reprit le comte d'Auvergne, oui, certes, il a bon goût, car
Mlle d'Entragues est une petite merveille.
—Le roi sera bien surpris, dit le père, quand il saura de vous que cette inconnue est une fille de noblesse, soeur de son ami le comte d'Auvergne; il le saura, car vous le lui direz certainement.
—Pourquoi faire? murmura Henriette en coquetant.
—Eh! mordieu! s'écria le jeune homme, je gage qu'il le sait déjà, car c'est lui qui m'a envoyé ici aujourd'hui. Profitez de la trêve, m'a-t-il dit, et du voisinage, pour aller voir votre mère, afin qu'on ne m'accuse pas de vous séparer d'elle.
—Il a dit cela, donc il ne savait rien, objecta Mme d'Entragues.
—Bah! il ne pouvait pas me dire: Allez annoncer à Mlle d'Entragues que je la trouve belle, non pas qu'il se gêne avec moi, mais enfin c'est la charge de Fouquet la Varenne de faire ces commissions-là.
—Mais pour vous envoyer ici dans ce but … de curiosité, comment le roi, dit Mme d'Entragues, aurait-il su le nom de ma fille!
Le jeune homme sourit malicieusement en remarquant les progrès de Marie Touchet qui, cinq minutes avant, ne pouvait appeler Henri que le Béarnais, et maintenant l'appelait </i>le roi</i> à la barbe de l'Espagnol.
—Est-ce que la Varenne, répliqua-t-il ne connaît pas tous les jolis minois de France? Ils sont tout rangés, tout étiquetés dans sa mémoire, et, à l'occasion, il en tire un du casier, comme un sommelier tire un flacon de l'armoire.