—Non, dit-elle, non, ce n'est pas Marie; et si c'est Henriette, il faudrait donc qu'elle eût trouvé un confident bien sûr, bien intime.
La Ramée sembla comprendre, car son visage prit une expression de menace effrayante.
Mme d'Entragues se hâta de dire alors:
—Nous causerions mal de ce sujet en un pareil moment. M. le comte d'Auvergne passe ici la soirée, la nuit peut-être. Demeurez au château, et nous trouverons une occasion de renouer cet entretien.
La Ramée, profondément rêveur, écoutait à peine ces paroles. Il ne remarquait pas non plus avec quelle insistance Marie Touchet l'éloignait. Elle, plus clairvoyante ou moins distraite, observa cet air pensif et le prit pour un muet reproche.
Apparemment, crut-elle dangereux de laisser partir la Ramée sur une mauvaise impression, car elle lui toucha légèrement le bras et lui dit:
—A propos, comment va monsieur votre père?
—Toujours moins bien. Sa blessure est mal soignée. Nous n'avons pas de médecin et la chaleur de cette saison est bien mauvaise pour les plaies.
—Je ne vous prie pas de souper avec nous, dit Marie Touchet après cette réparation de politesse, M. le comte d'Auvergne n'aime pas les nouveaux visages, et d'ailleurs vous vous êtes montré à lui un peu trop ligueur.
—Vous plaît-il que je m'en retourne à Médan? dit froidement la Ramée.