—Si vous voulez, ajouta-t-il, je vais redescendre par le balcon, et je remonterai quand vous serez tout à fait rassurée.

En disant ces mots, il joignait l'action aux paroles et gagnait la fenêtre.

Elle l'arrêta.

—Non, dit-elle, plus tard; puisque vous êtes là, profitons de ce moment pour causer.

Ce puisque vous êtes là fit dresser l'oreille à Espérance. La phrase lui parut illogique sinon discourtoise; cependant sa provision de complaisance et de candeur n'était pas encore épuisée. Il prit le change et répondit:

—Oui, chère belle, causons.

Et il entoura Henriette de ses bras.

Elle fit, pour se dégager, un mouvement si adroit et si rapide, qu'il ne le sentit qu'en la voyant s'asseoir à deux pas de lui, sur une chaise.

Il détacha son épée, la posa sur un meuble près du balcon, et s'agenouilla près d'Henriette, accoudée sur le bras de sa chaise. Alors il attacha sur la jeune fille son regard profond dans lequel se reflétait toute son âme. L'image était parfaite, le miroir sans prix. Henriette, si elle eût regardé cette noble et adorable figure, cette bouche pensive à la fois et souriante, n'eût pas résisté au désir d'y coller ses lèvres; mais elle aussi rêvait et ne regardait pas.

—Il me semble, dit Espérance avec douceur, que vous me payez mal mon voyage, Henriette, et la fatigue, et la soif, et tout l'ennui que j'ai eu de vous perdre ces trois jours passés. Au moins ai-je donné tout à l'heure à mon brave cheval de l'eau fraîche, de l'herbe tendre et mes caresses. A défaut du picotin, il s'est déclaré satisfait. Mais vous, méchante, vous ne me donnez rien.