—Voyez-vous qu'il le faut! hurla la Ramée en grinçant des dents.

—Bah! répliqua Espérance, je ne suis pas un petit page, moi, je ne suis pas Urbain du Jardin et je n'ai peur ni des mauvais yeux de madame ni du vilain couteau de monsieur. Oh! vous avez beau vous placer ainsi entre moi et mon épée, je la retrouverais si j'en avais besoin, mais avec de pareils ennemis l'épée est inutile. Allons! passage! arrière, madame, et vous, coquin, au large!

Henriette, égarée, s'enfuit dans sa chambre où elle s'enferma. Mme d'Entragues recula jusqu'à la porte; la Ramée, le couteau à la main, baissa la tête comme le taureau qui va fondre sur son adversaire.

Espérance prit son élan.

—Tu n'as pas été pendu ce matin, dit-il, tu vas être étranglé ce soir.

Et jetant ses deux bras en avant comme deux tenailles, il tordit le poing de la Ramée, le désarma, jeta le couteau sur le plancher et saisit l'homme à la gorge; ses doigts nerveux s'incrustèrent dans la chair vive. On vit, sous la terrible pression, les joues de la Ramée se rougir du sang qui refluait, ses yeux terrifiés grandir démesurément, et l'écume lui monter aux lèvres. Il tomba ou feignit de tomber.

Soudain, Espérance poussa un cri, ses mains s'ouvrirent, son corps plia. La Ramée libre, la sueur au front, sauta en arrière, laissant Espérance se débattre au milieu de la chambre, avec une large plaie d'où jaillissait le sang. L'assassin, en se baissant, avait ramassé son couteau et le lui avait enfoncé dans la poitrine.

Marie Touchet recula béante de terreur devant ce flot sinistre qui descendait sur le parquet jusqu'à elle.

Quant à Espérance, il voulut étendre la main pour saisir son épée, mais ce mouvement acheva d'éteindre ses forces, un brouillard passa sur ses yeux, ses jambes fléchirent et il tomba en murmurant:

—Crillon! Crillon!