Et aussitôt il s'éloigna laissant Brissac en tête-à-tête avec Henri
IV.

Il eût fallu posséder la triple cuirasse de chêne bardé de fer pour ne pas sentir une émotion vive en présence de cet imprévu. Tout ligueur qu'on soit, tout Gascon que l'on puisse être, on n'aborde pas sans un battement de coeur l'ennemi que l'on croyait tenir et qui vous tient, le prince qu'on niait et qui se révèle plus terrible et plus grand dans la solitude qu'il ne l'eût été sur un trône. Et Brissac avait sous les yeux cette épée qui avait vaincu à Aumale, Arques et Ivry!

Il restait muet, confus, désespéré, à deux pas du prince qui, soit distraction, soit besoin de chercher un exorde, n'avait pas encore relevé sa tête ni proféré une parole.

Et ce silence, cette immobilité laissaient encore un peu de calme à Brissac. Évidemment elle ne devait pas être flatteuse, la première parole de celui dont Brissac venait de menacer ainsi la liberté, la fortune, peut-être la vie, et qui tenait à son tour dans ses mains le sort de son imprudent adversaire.

Le comte salua profondément. Le roi, sortant de sa rêverie, leva enfin la tête et dit:

—Asseyez-vous, monsieur.

En même temps, il lui désignait une place à ses côtés, sur le vaste manteau. Brissac hésita un moment par politesse; puis, sur une nouvelle invitation, il s'assit le plus loin possible.

Ce fut alors qu'il put voir le visage du prince: la lune avait gagné le sommet des arbres voisins; elle envoyait de là, au travers des rameaux entrelacés, une douce flamme qui teignait la clairière d'un reflet pâlissant.

XIV

DE DEUX CONVERSIONS CÉLÈBRES