Fort lié avec Théophile Gautier, il composa quelques essais avec Gérard de Nerval et c'est par ce dernier qu'il arriva à connaître Alexandre Dumas. Alors commença cette collaboration fameuse qui mit en quelques années Auguste Maquet sur le chemin de la renommée. Nous n'entrerons pas dans le récit des causes qui la firent cesser, elles sont trop connues: entraîné dans le désastre financier de son collaborateur, Auguste Maquet fut considéré comme un simple créancier, perdit le fruit d'un travail inouï, et ne put obtenir comme compensation de pouvoir mettre son nom à côté de celui d'Alexandre Dumas sur tous les livres qu'ils avaient écrits ensemble.

La liste en est longue puisqu'elle comprend: _Le Chevalier
d'Harmental, Sylvandire, les Trois Mousquetaires, Vingt Ans après, la
Reine Margot, Monte-Cristo, la Dame de Monsoreau, le Chevalier de
Maison Rouge, Joseph Balsamo, le Bâtard de Mauléon, les Mémoires d'un
Médecin, le Collier de la Reine, le Vicomte de Bragelonne, Ange Pitou,
Ingénue, Olympe de Clèves, la Tulipe noire, les Quarante-Cinq, la
Guerre des Femmes
.

Les deux collaborateurs signèrent ensemble, au Théâtre: les Trois
Mousquetaires, la Jeunesse des Mousquetaires, la Reine Margot, le
Chevalier de Maison Rouge, Monte-Cristo, le Comte de Morcef,
Villefort, la Guerre des Femmes, Catilina, Urbain Grandier, le
Vampire, la Dame de Monsoreau
.

Si la preuve de cette collaboration n'existait pas dans une foule de documents émanant de l'un et de l'autre de ces deux grands travailleurs, elle serait tout entière dans l'énumération que nous venons de faire: car l'esprit se refusait à croire qu'un seul homme ait pu suffire à cette tâche gigantesque. Et nous ne parlons ici que des ouvrages faits en commun.

Auguste Maquet a écrit seul: Le Beau d'Angennes, Deux Trahisons, une partie de l'Histoire de la Bastille, le Comte de Lavernie, la Belle Gabrielle, Dettes de Coeur, la Maison du Baigneur, la Rose Blanche, l'Envers et l'Endroit, les Vertes Feuilles.

Au Théâtre, il a fait, seul: Bathilde, le Château de Grantier, le
Comte de Lavernie, la Belle Gabrielle, Dettes de Coeur, la Maison du
Baigneur, le Hussard de Bercheny
.

Il a fait représenter, en collaboration avec Jules Lacroix, au
Théâtre-Français, Valéria; à l'Opéra, la Fronde, musique de
Niedermayer.

Il a encore composé une foule d'articles, de nouvelles, et plusieurs pièces de théâtre qu'il n'a pas signées, entre autres, le Courrier de Lyon: il a été plus de douze années président de la Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques, et si, un jour, les remarquables discours qu'il a prononcés en cette qualité dans maintes circonstances peuvent être réunis en un volume, les lecteurs pourront juger dans ces belles pages que chez lui la pureté du style ne le cédait en rien à l'élévation des idées et des sentiments et au bonheur des expressions.

Nous avons accompli notre tâche en mettant sous les yeux des lecteurs l'oeuvre énorme d'Auguste Maquet; à eux de juger maintenant par quels efforts d'un travail surhumain il a conquis vaillamment la place que nous lui donnons parmi les grands écrivains du siècle. Officier de la Légion d'honneur depuis 1861, il est mort le 8 janvier 1888 dans son château de Sainte-Mesme, gagné, comme il le disait gaiement, avec sa plume seule. C'est là, dans cette chère retraite, qu'il recevait ses amis, et ils étaient nombreux: c'est là qu'accouraient les jeunes auteurs, toujours bien accueillis, en quête d'un conseil toujours donné bon et désintéressé; c'est là, qu'à la nouvelle de sa mort, ont afflué les regrets de tous, car tous aimaient et respectaient cette nature droite et loyale, ce grand coeur et cette âme juste.

Juin 1891